NèG MARON

Film français de Jean-Claude Flamand Barny

Avec Admiral T., D. Daly, Stomy Bugsy, Alex Descas, François Levantal, Jocelyne Béroard

Sortie le 19-01-2005
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h35

 
 
   

Tristes Tropiques

Voici un premier film intéressant à plus d’un titre: il nous montre une Guadeloupe d’où les Blancs sont pratiquement absents, dont les plages ont échappé au Club Med et où on s’exprime surtout en créole.

Jean-Claude Flamand Barny signe là une première réalisation sèche et elliptique, appuyée sur un montage efficace. Les deux acteurs principaux (Admiral T. et D. Daly), chanteurs reggae très populaires aux Antilles, portent le film sur leurs jeunes épaules avec beaucoup de sincérité. Enfin, Pierre Aviat a composé une musique colorée qui soutient l’action avec un dynamisme discret.

Mais toutes ces qualités ne masquent pas les faiblesses d’une intrigue policière peu consistante et quelques maladresses dans des scènes répétitives aux dialogues souvent naïfs. Le sens de l'ultime séquence reste, pour le moins, obscur et le générique de fin arrive à point pour nous arracher à la perplexité. J.-C. Flamand Barny se flatte d’avoir écarté les habituels clichés touristiques au profit d’une Guadeloupe authentique. Malheureusement, le tableau obtenu n’est guère flatteur et, malgré son désir, le réalisateur a beaucoup de mal à rendre vraiment sympathiques ses deux héros qui accumulent les méfaits, les violences gratuites et une tendance insurmontable à la paresse: on n’est pas convaincu que «le désir de liberté, l’esprit de résistance, la volonté de choisir sa voie de façon positive», qui caractériseraient le Nèg Maron selon J.-C. Flamand Barny, soient réellement incarnés par le comportement de ces deux loubards dans leur calamiteuse descente aux enfers. Peut-être faut-il voir là l’influence de Mathieu Kassovitz, producteur du film, qui a encouragé inconsciemment le réalisateur à refaire La Haine sous les cocotiers. Mais répétons qu’il s’agit d’un premier film (pour le réalisateur et les acteurs principaux) dont le résultat est plutôt encourageant. Il est évident que ces faiblesses sont surmontables et que ce nouveau cinéaste caribéen devra les maîtriser pour mériter l’attention du public.