Tu marcheras sur l'eau
Walk on Water

Film israëlien de Eytan Fox

Avec Lior Ashkenazi, Knut Berger, Caroline Peters

Sortie le 05-01-2005
 
   

Par Stéphane Malek


Durée: 1h44

 
 
   

Droit dans le Mur

Super-agent du Mossad, les services secrets israéliens, Eyal est un homme ténébreux, renfermé, qui parle peu, ne sourit pas et ne pleure jamais (même quand il découvre le corps de sa femme suicidée). Eyal aime la guitare de Bruce Springsteen, mais il n’aime ni les Arabes ni les Allemands, et encore moins les anciens nazis. Son boulot, à Eyal : éliminer les terroristes du «Hamas» (mouvement islamiste qui prône l’action violente). C’est un homme, Eyal, un vrai.

Un jour le patron d’Eyal lui demande de retrouver la trace d’un ancien nazi. Notre héros s’offre comme guide touristique au petit-fils de ce dernier, Axel, venu rendre visite à sa soeur Pia qui s’est établie en Israël après avoir rompu avec sa famille au passé équivoque. Eyal espère remonter jusqu’au grand-père. Si vous avez suivi, vous pouvez imaginer la suite. Une amitié va naître entre les deux hommes, Axel étant bien entendu ouvert d’esprit, généreux, sensible, aimant l’opéra et... homosexuel. Eyal va  se rendre en Allemagne, pleurer pour la première fois,  tirer un trait sur sa carrière de tueur, épouser Pia (mais si, vous savez, la soeur d’Axel, la petite-fille du nazi !). Bref, le scénario ne convainc pas malgré l’efficacité des acteurs israéliens et allemands (Lior Ashkenazi surtout, très crédible dans le rôle d’Eyal).

Eytan Fox, réalisateur israélien et homosexuel, se moque d’un certain conservatisme qui règne dans son pays. En effet Eyal n’est ouvert à aucune forme de compréhension concernant les revendications palestiniennes et encore moins aux arguments du nouveau petit copain d’Axel qui, bien sûr, est arabe, et dont le temps de parole est limité à trois secondes. Eyal est l’archétype d’un peuple encore fortement marqué par la Shoah et qui voit son pays quotidiennement touché par des attentats-suicides. Un peuple donc  qui croit subir injustement et constamment la violence des hommes, qui croit que tout le monde lui en veut. Nous le savons, le réalisateur aussi, et Eyal l’apprendra, les choses ne sont pas aussi simples, loin de là. Il est vraiment dommage que l’évolution du héros soit faite de manière aussi superficielle.

Le problème de Tu marcheras sur l’eau, c’est sa légèreté. Le film reste creux et ne va pas au bout de son exploration d’une mémoire meurtrie. Le talent des comédiens n’arrive pas à  compenser la platitude de la réalisation et les invraisemblances du scénario.