Terre et Cendres

Film afghan de Atiq Rahimi
Par l'auteur du roman

Sortie le 05-01-2005
 
   

Par Laetitia Jacquart


Durée: 1h45

 
 
   

Tout est sable dans cet  Afghanistan des montagnes. Un vieillard et son petit-fils Yassine attendent. Le pays est en guerre contre les soviétiques. Le grand-père doit-il dire à Mourad, son fils, qu’il ne lui reste au monde qu’un père déchiré par le deuil  et Yassine rendu sourd par les bombes?

Terre et Cendres est le premier film de l’écrivain-cinéaste  Atiq Rahimi. Afghan exilé en France depuis 1985, il transpose à l’écran un roman qu’il a écrit après l’arrivée des Talibans au pouvoir. L’ adaptation  est délibérément partielle mais l’oeuvre de Rahimi s’inscrit dans la sensibilité poétique persane. Dans ce conte, la sagesse permet d’apprendre à vivre avec le sable vorace. Paysage  figé,  de cendres et de vide.  Notre esprit s’immerge au coeur même de l’attente. Celle qui voit passer la vie, la mort des autres à travers le creusement de ses propres rides. Le vieux Dastaguir doit-il sortir son fils du nuage noir du charbon pour lui révéler des vérités encore plus sombres? Perdu, il s’en remet à Dieu et au marchand-sage. Ce conteur du Shahnama (Le Livre des Rois) et du Bâba Khârkash (conte proche du Petit Poucet) lui dit que «l’homme ne vit que d’espoir». Dans un plan où les deux survivants traversent leur village détruit, la lumière rayonnante s’allie à la force d’évocation d’un chant religieux et de souffrances. La force spirituelle  répond seule à l’accumulation des cendres et à la terre hostile. Du nuage de poussière au fondu au blanc, l’existence est ponctuée par la mort et le tableau n’est pas tout noir pour autant. Rahimi prend la liberté de filmer la nudité de la mère de Yassine qui s’engouffre en souriant dans le hammam enflammé ; la mort vaut mieux que la honte, elle délivre. Pour le jeune Yassine,  «les tanks ont pris la voix des gens». Seules les voix des morts l’accompagnent dans son imagination et lorsqu’elles s’adressent au vieillard, le rendu onirique n’est pas convainquant.

L’esthétique du dépouillement sonne plus juste. Si quelques plans paraissent interminables, le regard s’attache à leur beauté poétique,  suscitée par une assez grande virtuosité de la caméra.

Comme chez Kiarostami, la route déserte à l’horizon est là pour révéler la profondeur des âmes.