Nous étions libres
Head in the Clouds

Film anglais de John Duygan

Avec Charlize Theron, Penelope Cruz, Stuart Townsend

Sortie le 29-12-2004
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 2h10

 
 
   

La Tête dans les Nuages ?

Le titre français ne veut pas dire grand’chose. Avouons que l’anglais (Head in the Clouds) ne vaut guère mieux. Mais comment appeler pareil o.f.n.i. (Objet Filmique Non Identifiable) qui voudrait ressusciter ces grandes machines sentimentalo-historiques, sur fond de guerre mondiale, où se complaisaient Anatole Litvak ou V. Minelli dans les années 60 ? Je propose Au Bonheur du Costumier ou bien La Gloire de mon Accessoiriste car il ne manque ni une bretelle aux pantalons du héros ni une fanfreluche au bibi de l’héroïne, ni les tacots qui passent et repassent dans les rues de Paris tournées en studio au Canada. Même les sonneries de téléphone sont garanties d’époque et on voit bien que la réalisation s’intéresse plus aux petits détails de la reconstitution historique qu’à la rédaction d’une histoire qui serait intéressante et, surtout, crédible. Tout de même, certains points laissent à désirer : des voitures immatriculées 75 avant la guerre, des bistrots qui servent du pastis en pleine occupation ou les inénarrables séquences de la libération de Paris par des résistants moustachus, coiffés de bérets basques, démontrent que ni John Duigan, ni ses assistants n’ont connu (heureusement pour eux) l’époque qu’ils tentent d’évoquer. 

Mais tout cela n’est rien à côté du vrai problème : l’étonnante naïveté de ce scénario de roman-photo qui tourne à vide en permanence. Comment croire à cette passion de jeunesse qui se traduirait, tous les deux ans, par une étreinte suffocante sur un tapis, soulignée par une musique lourdingue ? Comment croire au personnage bidon de Charlize Theron (pourtant si remarquable dans Monster) censé incarner la femme artiste et libérée, balançant entre le saphisme, le sado-maso et le fameux tapis ? Comment ne pas sourire en voyant Pénélope Cruz, strip-teaseuse repentie et boiteuse, déguisée en infirmière républicaine pendant la guerre d’Espagne ? Comment le fade Stuart Townsend peut-il voyager aussi facilement dans cette Europe ravagée par la guerre, passant de Madrid à Londres ou à Paris occupée, comme un touriste d’aujourd’hui ? Et que dire de ces Républicains espagnols qui se cachent derrière un brin d’herbe avant d’attaquer par surprise (?) une colonne franquiste ? On finit presque par s’intéresser aux péripéties des personnages qui se succèdent sur l’écran tant elles recèlent de trésors de comique involontaire.