Nobody Knows

Film japonais de Hirokasu Kore-eda

Avec Yuya Yagira, Ayu Kitaura

Sortie le 10-11-2004
Prix d'interprétation masculine Yuya Yagira Cannes 2004
 
   

Par Laetitia Jacquart

 
 
   

Les enfants de l'indifférence

Parmi les factures impayées, une lettre. «Akira, prends bien soin d'eux». Signé maman.

Si dans Afterlife et Distance, Kore-eda Hirokasu  a pour toile de fond une société japonaise en plein doute existentiel, le cinéaste franchit un pas de plus dans cette direction avec son nouveau film. 

«Je suis amoureuse». Akira, 12 ans écoute attentivement Keiko, sa mère qui se confie. Un soir, après être rentrée tard, elle raconte à ses enfants ensommeillés son rêve passé de devenir chanteuse. Une séance de manucure suit, plaisante scène de famille. Mais la couche de vernis est rapidement effritée, le lendemain elle est partie, laissant quelques billets.

Alors commence l'attente pour ces mômes d'à peine huit ans. Seul Akira va au supermarché ; c'est sa confrontation au monde faute d'école. Dans l'appartement 203, ces enfants du silence vivent ou plutôt attendent de vivre. Gros plans sur les mains, les pieds, ces petits membres comme tant d'autres tentés de humer l'air du monde par la fenêtre sans pourtant jamais passer la frontière du nid clos. Les matelas encore neufs sentent l'herbe sauvage et dormir semble encore ce qui les rapproche le plus de la nature. Jusqu'au jour où Akira, mûri par le manque de tout prend la décision de délivrer ses protégés de leur cloître clandestin. Des longs plans fixes aux regards interrogateurs et languissants, on passe à la joie éclatée du soleil sur la peau. Quel bonheur de se promener dans la rue, de plonger ses mains dans la terre ! On en sourit de bien-être ! Ouf, ils n'ont pas perdu leur spontanéité ! Malgré la trace de vernis rouge séché par terre qui disparaît peu à peu, l'espoir du retour de la mère se maintient, le balcon se transforme en jardin du shintoïsme.

Un jour où Akira s'absente, la cadette tombe d'une chaise. La valise ou cachette pour une petite clandestine est alors enterrée, incognito, par Akira qui emmène sa s½ur voir les avions, comme il le lui avait toujours promis. A travers le plan magnifique du pèlerinage de la valise sur route déserte, Akira, authentique, semble construire sa force dans l'immensité de la nuit japonaise.

Bien au-delà du fait de société, ce film est un regard perçant (celui de Yagira Yuuda) mais non larmoyant sur une enfance sauvée par son instinct et laisse en nous quelques traces d'espoir.