She hate me

Film américain de Spike Lee

Avec Anthony Mackie, Kerry Washington, Ellen Barkin, Woody Harrelson...

Sortie le 17-11-2004
 
   

Par Raphaël Lefèvre


Durée: 2h18

 
 
   

L'étalon noir, sa copine et la copine de sa copine

On se demandait ce que Spike Lee pouvait bien nous concocter après l’impressionnant virage négocié par sa sublime 25e heure. Pas grand-chose de nouveau sous le soleil new-yorkais. She hate me est un drôle de bazar renouant tièdement avec la veine satirique du chantre de la communauté noire américaine. Son penchant pour l’esthétique publicitaire, son maniérisme – qui avaient trouvé dans La 25e heure une vraie puissance expressive, tant par leur dilution dans une authentique mélancolie que par leur violente exacerbation lors des scènes inoubliables de la logorrhée haineuse et du départ lyrique vers la prison – tournent ici plutôt à vide. Reste un film joyeusement disparate, où il y a toujours quelques bons morceaux à prendre.

De façon trop évidente, Spike Lee veut mettre en parallèle une interrogation éthique sur les multinationales (à travers la dénonciation poids lourd et bon teint du pouvoir dévoyé d’une grande entreprise confrontée à un scandale à la Enron) et une interrogation éthique sur les moeurs d’aujourd’hui (John «Jack» Armstrong, le jeune yuppie noir ayant déclenché le scandale, se retrouve à la dèche et contraint par son ex devenue lesbienne de faire des enfants à toute une flopée de goudous aspirant au pouponnage, moyennant finances). De ce point de vue, She hate me est assez lourd, et articule mal les différents pendants de sa réflexion. A la fois ambigu et trop explicite (d’abord considéré avec légèreté, le «nouveau boulot» de Jack se voit in fine traité avec moralisme dans un pesant mea culpa), le questionnement dérange involontairement et ne convainc pas complètement.

Mêlant un thriller politico-financier bâclé et une comédie de moeurs bien grasse, catapultant Jamel Debbouze et Monica Bellucci au sein de sa galaxie d’habitués (Ossie Davis, John Turturro…), oscillant entre le réalisme et la parodie sans trouver le ton juste, She hate me est, question homosexualité féminine, à mi-chemin entre le panel sociologique crédible et les fantasmes gras de mâle hétéro : et si, au fond, les lesbiennes aussi «aimaient la bite» ? (Soit dit en passant, il est plutôt triste de voir un réalisateur noir se vautrer dans la blague ultra éculée du gabarit mythique des membres de couleur…). Cela dit, le mélange des genres est plutôt audacieux, et même s’il ne fonctionne pas vraiment, il en ressort çà et là de bons moments, comme l’irruption totalement inattendue de l’ex dans une scène sensuelle et chaloupée rompant brutalement avec le cauchemar absurde qui précédait, ou la malicieuse démystification «sopranienne» de la mafia italienne, totalement admirative face au mythe que lui a offert Coppola mais incapable d’en être digne… Ce n’est malheureusement pas assez pour balayer l’impression générale de fourre-tout plus opportuniste que profond.