Un crime dans la tête
The Mandchurian Candidate

Film américain de Jonathan Demme
Remake de Un crime dans la tête de John Frankenheimer (1962)

Avec Denzel Washington, Meryl Streep, Liev Schreiber

Sortie le 03-11-2004
 
   

Par Esther Castagné


Durée: 2h10

 
 
   

Quand le passé embué et terrifiant d'un militaire noir ne suffit pas à prouver les malversations électorales d'un candidat à la vice-présidence des Etats-Unis ...

Il est dommage qu'un film cherchant à dénoncer certaines irrégularités politico-électorales aux Etats-Unis soit si embrouillé et si peu convaincant. Prouver qu'un imbécile criminel peut être élu à la vice-présidence voire à la présidence ne surprendra personne, et les expériences génétiques dont le candidat a été la victime sont finalement bien superflues. D'autant que le
méchant scientifique, qui trempe aussi apparemment dans des malversations financières, se révèle être un ancien agent soviétique passé au camp ennemi.

En plus, le gentil qui a tout compris est noir. On est donc à fond dans le politically correct, surtout que le noir ne peut avoir une histoire qu'avec une agent noire du FBI qui va le protéger jusqu'au bout. Enfin et surtout – puisque c'est de là que tout part et on y revient sans cesse – il y a les souvenirs traumatisants de la première guerre du Golfe et de l'opération "Tempête dans le désert" qui a fait basculer dans le cauchemar le vie de nos protagonistes. Les flash back sont mal faits : cette lumière éblouissante qui les "conduit" au sens propre comme au figuré au souvenir, cette manipulation qui en fait des marionnettes, ces mauvaises images de guerre, de torture et de lobotomisation ne servent qu'à mettre mal à l'aise  le spectateur. Cela se veut sûrement pacifiste, mais la démonstration se perd dans des magouilles incompréhensibles sans réussir à nous convaincre. Ce remake du film de John Frankenheimer avec Frank Sinatra (1962) semble bien inutile. Demme conserve le même scénario qu'il inscrit dans le contexte de la guerre du Golfe de 1991 et non dans celui de la guerre de Corée pour dénoncer l'actualité de son pays. Cette initiative louable se perd malheureusement dans des considérations bien pensantes ou au contraire dans des digressions honteuses telles que la liaison incestueuse entre le candidat à la vice-présidence et sa mère, sénatrice aux dents longues que rien ni personne ne peut arrêter.