Les mutants de l'espace

Film américain de Bill Plympton

 
   

Par Clémentine Gallot

 
 
   

Welcome Freaks !

On connaît Bill Plympton depuis quelques années déjà : auteur de BD pour le New York Times, notamment, et du dessin animé "Mondo Plympton", il revient cette année avec une nouvelle folie, Les Mutants de l'espace (qu'on ne s'y trompe pas, Plympton a dépassé les 50 ans, cela n'empêche). Il s’agit ici d’un dessin " naturel ", réalisé sans l’aide de l’informatique, et produit en indépendant .

L'histoire reprend les vieilles ficelles de la science-fiction : un astronaute américain est abandonné dans l'espace par la NASA, et après plusieurs années il revient sur Terre et raconte tout de ses aventures interstellaires.

Dessin à l'outrance, trait grossi, voire caricatural, le coup de crayon est habile et très éloigné de l'idée qu'on se fait d'un dessin animé pour adultes (rien à voir avec les mangas). Il ne s'agit pas d'y emmener ses bambins car toutes les limites sont joyeusement outrepassées, le trash glissant même vers le gore/scato (rappelons que ce spécialiste du cartoon érotique a travaillé pour le racoleur "Penthouse"). Ce qui choque n’est pas vulgaire pour autant, bien que la frontière soit ténue.

Le scénario, provocateur comme on s'en doute, n'épargne rien à l'Amérique et s'en moque ouvertement. Politiciens véreux, médias, publicité, l’Amérique puritaine ou déjantée, le peuple abusé et heureux (de l'être?) : quand Plympton fait sauter les tabous, la critique est féroce et fait mouche.

Sa puissance créatrice nous dépasse ; le spectateur est plongé dans un univers grouillant, en perpétuelle mutation où les trouvailles géniales se succèdent grâce à la liberté qu'offre le support dessin par rapport au cinéma. Monstres plus humains qu’on ne croit déguisés en agents secrets, Jésus star du rock ou conducteur de F1 : l'humour débridé rappelle Woody et les robots.

La fin apporte cependant une note optimiste ; c'est le triomphe de l'anti-conformisme et de l'étrange qui bouscule le monde formaté : un peu d’originalité, que diantre !

Votez Plympton !