The Assassination of Richard Nixon

Film américain de Nils Mueller

Avec Sean Penn, Naomi Watts, Don Cheadle...

Sortie le 27-10-2004
Cannes 2004 - Un certain regard
 
   

Par Raphaël Lefèvre


Durée: 1h35

 
 
   

Les Etats-Unis d'en bas

Il y a quelque chose de très agaçant dans la mythologie dont se pare ce film à thèse avec une finesse pachydermique : attention, «histoire vraie» ; attention, ce fait divers des années 70 est d’actualité puisqu’il fait écho au 11 septembre ; attention, notre anti-héros s’appelle Bicke, ça ne vous rappelle pas quelque chose – Bickle dans Taxi Driver, par exemple ? Mais si ses intentions sont lourdes et sa manière peu convaincante, le film trouble plus d’une fois par son ambiguïté.

Il manque à The Assassination of Richard Nixon, c’est certain, un véritable regard. Niels Muller fait trop confiance à la structure en flash-back du film (évitable), à son lamento monotone (plus lassant que touchant) et à la drôle d’idée qui le guide (la voix off du protagoniste s’adresse à Leonard Bernstein : ça passe plus pour un gimmick estampillé «original» que pour un coup de génie) ; persuadé que ces procédés suffisent à donner au film une identité, le réalisateur en oublie de faire exister les personnages et de faire de véritables propositions de mise en scène. Le film s’embourbe ainsi dans une esthétique désincarnée de film indépendant-mais-avec-de-l’argent (un peu de grain ; scènes bleues, scènes jaunes, scènes blanches…) qui lui donne peu de poids et de personnalité.

Il lui arrive pourtant de surprendre. Son ton sourd, feutré, n’est pas sans faire son effet, et un malaise plus insidieux et lancinant que celui qui est martelé à première vue s’empare du spectateur. Le film parvient ainsi au détour de quelques plans à susciter la gêne ou à rendre sensible l’ampleur du moulin politique contre lequel ce bat le Don Quichotte mâtiné d’Idiot campé par Sean Penn. Souhaitant quitter les limbes où végètent ceux qui sont incapables de suivre le train américain de l’esprit d’entreprise, de la soif de succès et du souci de rentabilité, Sam Bicke se fait le porte-parole de ces laissés pour compte ; après de laborieuses tentatives de s’en sortir, il choisit Nixon (presque arbitrairement, au fond – le président américain apparaît en tant que figure abstraite symbolisant le système) comme responsable de son malaise, décide de le supprimer et sombre définitivement dans la folie. Mais fou, il l’était déjà un peu ; simplet, en tout cas. Médiocre malgré lui, mais médiocre tout de même, le personnage n’attire pas forcément que de la sympathie – et ce, pas seulement à cause du jeu besogneux, à la fois prodigieux et insupportable, de Sean Penn. Dans cette ambiguïté réside la force étrange, mais aussi la limite du film, qui ne parvient pas à captiver et à donner une véritable ampleur aux enjeux dont il est porteur.