Les femmes ou les enfants d'abord

Film français de Manuel Poirier

Avec Sergi Lopez, Sylvie Testud, Marilyn Canto, Sacha Bourdo...

Sortie le 20-03-2002
 
   

Par Clémentine Gallot


Durée: 2h

 
 
   

Fort de son succès avec Western en 1997 (on oublie Te quiero), Manuel Poirier, fraîchement débarqué des terroirs français, comme l’affiche verdoyante le fait pressentir, nous livre son nouvel opus.

L’intrigue s’enroule autour du personnage de Tom (l’acteur fétiche, Sergi Lopez, incroyable d’humanité), sympathique quadragénaire happé par la monotonie de sa vie professionnelle et familiale. Sa lassitude et son indifférence pour ces deux mondes transparaissent malgré sa bonne volonté. Mais son ex-petite amie (Sylvie Testud) prend contact avec lui après huit ans de séparation pour lui annoncer une nouvelle qui va bouleverser son existence médiocre. Ce bouleversement va t-il enfoncer davantage le pauvre Tom, ou au contraire l’amener à réagir ? Va-t-on assister au réveil d’un astre éteint ?

Si l’histoire, en soi, est plutôt simple, Manuel Poirier nous attire, par des spirales successives, dans cet étau, et l’on finit par se sentir prisonniers comme Tom. Autour de lui gravitent une myriade de personnages, et comédiens délicieux, peu ou pas connus : voisins pédagogues (Serge Riaboukine), flic en pleine séparation, femme aimante (Marilyn Canto, adorable), jeunes enfants (Doria Achoun, Jeremy Jouvance, un charme fou, trop drôles), un éducateur malicieux (Sacha Bourdo)… A travers les rapports de ces personnages hétéroclites, le réalisateur offre une image juste de la petite bourgeoisie, et plus précisément, de l’embourgeoisement. On était jeunes, libres, on se réveille un jour à quarante ans, prisonniers : le voulait-on vraiment ?

Le parti pris du film est de – presque - tout montrer, ce qui ne nous épargne pas les scènes embarrassantes, d’une platitude navrante, allant jusqu’à l’ennui, qui pourtant sont bien la vie ! Cette attitude d’honnêteté, de refus de l’artificiel, ne fait pas pour autant du film un produit de terroir ou une publicité pour la Bretagne, loin de là. Malgré une entrée en matière longuette qui mériterait d’être amputée d’un bon quart d’heure, il y a la rencontre jouissive avec tant d’acteurs français et la croyance en l’être humain : Manuel Poirier apparaît à la fin du film, face à la caméra, gentiment imbibé (par pudeur, sans doute) pour nous poser trois questions. L’amour c’est important ? L’amitié c’est important ? Le sexe c’est important ? Il est déguisé en Humphrey Bogart, le héros trop humain d’African Queen, qui tente d’initier à la vie Katherine Hepburn, une bonne sœur psychorigide.

Ensuite, il se fond dans le tourbillon du bal, la ronde de la vie.