Mur

Film français de Simone Bitton

Sortie le 20-10-2004
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h40

 
 
   

Mur murant

Suzanne Bitton, de double nationalité franco/israélienne, née au Maroc dans une famille juive qui parlait français et arabe, a réalisé une quinzaine de documentaires après son diplôme de l’IDHEC en 1980. Ses triples racines orientent naturellement cette cinéaste vers les problèmes du Proche-Orient et donc, essentiellement, l’interminable conflit israélo-palestinien.

Mur est son premier long-métrage destiné, de façon évidente, au cinéma car la durée des plans, l’utilisation de l’espace, le rythme du récit (qui nous donne le temps de voir et de réfléchir), sont des éléments qui sont généralement absents de la production télévisée. Ce film politiquement engagé décrit avec une précision froide et technique l’édification du mur de protection décidé par Ariel Sharon. Obstacle qui risque d’être aussi inefficace que la ligne Maginot, de funeste mémoire, derrière laquelle les Français croyaient être à l’abri des invasions. A une époque où des militants déterminés, armés de cutters, peuvent ébranler la plus grande puissance militaire du monde, ce chantier gigantesque qui veut transformer Israël en château fort médiéval semble aussi anachronique que dérisoire.

Dès les deux premières minutes de projection, tout est dit par l’image : les éléments de béton armé, juxtaposés par les engins, viennent couvrir la surface de l’écran, masquant progressivement un village palestinien dominé par des minarets. Vision symbolique que le reste du film va développer en se déplaçant de part et d’autre de la frontière, le long du chantier, tandis que les entretiens en arabe et en hébreu alternent pour exprimer la lassitude, la colère ou le scepticisme des habitants, Palestiniens et Israéliens, devant ces guirlandes de barbelés et ces plaques de béton qui coupent leur pays en deux (et enrichissent les cimenteries et les entrepreneurs de travaux publics locaux).

Les dernières images filmant la traversée de l’obstacle par des hommes, des femmes ou des enfants se glissant dès à présent dans des interstices de l’ouvrage, démontrent qu’il n’est jamais possible d’établir une frontière étanche sur des centaines de kilomètres, que ce soit la Muraille de Chine, le Mur de l’Atlantique ou celui de l’ex-Allemagne de l’Est. Malgré les certitudes du général Amos Yaron, maître d’œuvre de ce chantier pharaonique, il est évident que la fin du terrorisme (celui des kamikazes comme celui de Tsahal) ne passera que par la négociation et la signature d’un accord de paix plus efficaces que toutes ces murailles.