Ordo

Film français de Laurence Ferreira-Barbosa

Avec Roschdy Zem, Marie-Josée Croze, Marie-France Pisier

Sortie le 15-09-2004
 
   

Par Esther Castagné


Durée: 1h45

 
 
   

Mirage en eaux troubles

Ordo Tupikos, marin aux origines multiples (ainsi que nous l'indique la voix off dans la  première scène, on se demande bien pourquoi d'ailleurs), apprend par un journal qu'Estelle Anlic, la jeune fille timide qu'il a épousée seize ans auparavant, est devenue Louise Sandoli,
l'actrice la plus en vogue du moment.

Intrigué, il décide d'aller se rendre compte par lui-même. Sa permission durera à peine quinze jours pendant lesquels il essaiera de retrouver en Louise l'Estelle d'autrefois. La réalisatrice laisse planer le mystère : est-il possible de changer à ce point et de devenir en quelques années quelqu'un de radicalement différent ? Ordo mène son enquête à la façon d'un détective. Le suspense s'installe d'autant plus qu'il semble en permanence surveillé par Wang le domestique asiatique (et asexué) de Louise. L'atmosphère de la villa dont il semble être prisonnier est oppressante. Le film s'apparente d'ailleurs par certains aspects à un huis clos et
seule la scène dans la remise où reposent les dernières traces d'Estelle qui rejoignent enfin les souvenirs d'Ordo apparaît comme une délivrance. On a du mal à croire à la révélation qui nous y attend mais Ordo aussi. En effet, si Marie-Josée Croze est, comme Roschdy Zem, excellente, il est difficile de penser que la jeune fille fade qu'Ordo a aimée et épousée a pu devenir cette femme de caractère décidée et capricieuse. Son incrédulité devient la nôtre et le demeure malgré les preuves apportées. Adapté du roman homonyme de l'écrivain new-
yorkais Donald E. Westlake, le film de Laurence Ferreira-Barbosa captive par une mise en scène sobre et maîtrisée dans la tradition du film noir, des acteurs convaincants et cette fois une volonté affirmée de montrer que les gens normaux ont parfois quelque chose d'exceptionnel.