Vipère au poing

Film français de Philippe de Broca
D'après le roman d'Hervé Bazin

Avec Catherine Frot, Jacques Villeret, Jules Sitruk...

Sortie le 06-10-2004
 
   

Par Raphaël Lefèvre


Durée: 1h40

 
 
   

Couleuvre dans un bocal

Dans la bibliothèque d’Hervé Bazin, il y a des livres d’Hervé Bazin, traduits dans toutes les langues. Car Hervé Bazin  est un grand écrivain. Dans le canapé d’Hervé Bazin, il y a sa mère. Car sa mère a fait un malaise. Folcoche, la créature froide et féroce qui l’a martyrisé avec pugnacité lorsqu’il était enfant, ne va pas tarder à mourir. Mais son fils ne va pas se venger, il va lui pardonner. N’est-ce pas un peu grâce à elle qu’il est devenu le grand Hervé Bazin ("Monsieur Hervé Bazin", comme le convoquent pompeusement et obséquieusement affiche et générique) ?

L’ambiguïté résidant dans cet ironique constat (l’éducation effrayante de Bazin a joué un rôle certain dans son destin d’écrivain à succès que l’on sait) aurait pu donner lieu à un questionnement stimulant d’amoralité. Malheureusement, toute complexité est évacuée au profit de la morale douteuse et hagiographique qu’implique la construction en flash-back poussive et bâclée évoquée ci-dessus. Une asphyxie bien-pensante de la cruauté du roman qui contamine tout le film.

Vipère au poing ne fait qu'esquisser des problématiques intéressantes, comme l'ambivalence de cet affrontement haineux entre deux êtres qui au fond se ressemblent, ne leur donne aucune consistance et les noie dans une chronique nostalgique à mi-chemin entre La guerre des boutons et Les Enfants du marais. Réalisation soignée, photo colorée, effets de film gothique, jolie musique, voix veloutée du narrateur (Denis Podalydès), insistance sur les aspects humoristiques du livre… exit donc la rudesse de Bazin. Le film s’adresse aux enfants et ne veut pas les bousculer. Tout cela est fort joli mais ne touche pas vraiment - d’autant moins que l’interprétation est faiblarde. Catherine Frot en fait des tonnes, Jacques Villeret ne se foule pas, le petit Jules Sitruk (Monsieur Batignole) est insupportable… Seule la délicieuse Sabine Haudepin tire son épingle du jeu dans ce téléfilm décoratif et gentiment ennuyeux.