Ordo

Film international de Laurence Ferreira-Barbosa

Avec Roschdy Zem, Marie-Josée Croze, Marie-France Pisier...

Sortie le 15-09-2004
 
   

Par Raphaël Lefèvre


Durée: 1h46

 
 
   

L'inconnue des pages people

Se retrouver en photo dans un magazine people parce que son ex-femme est devenue une star de cinéma… voilà qui sort de l’ordinaire. Ne pas reconnaître la femme en question sur les photos, voilà qui est encore plus troublant… C’est ce qui arrive à Ordo (Roschdy Zem), trentenaire aux origines multiples satisfaisant son goût du bourlingage et oubliant un passé agité (deux mariages, plusieurs villes et divers boulots) en servant dans la Marine. Perplexe, il demande une permission pour retrouver cette célèbre Louise Sandoli (Marie-Josée Croze) qui prétend avoir été son Estelle, et s’offre une parenthèse glamour plus ou moins enchantée…

Ordo démarre en fanfare, avec une énergique présentation de la vie du héros évitant avec brio l’écueil de la vignette caricaturale qui la guette à chaque instant. S’opère alors une habile incursion du thriller post-hithcockien (à l’instar de Je suis un assassin, sorti en août dernier, le film est tiré d’un roman de Westlake) dans le cadre réaliste du récit. On retrouve ici le mélange étrange de naturalisme français, de théâtralité des dialogues et de recours discret au genre qui faisait le charme relatif de La Vie moderne – le précédent long métrage, attachant mais bancal, de Ferreira-Barbosa. La photo est limpide, le cadrage élégant, le mystère réel, l’humour bienvenu, mais la sauce ne prend pas complètement. Nul doute qu’un certain trouble se dégage des scènes où Ordo, dans une impeccable villa portugaise, se confronte, de nuit à la femme qu’il ne reconnaît pas, de jour à son improbable majordome vietnamien (joué par une drôle d’actrice, Hélène Patarot). Mais l’opacité d’abord intriguante dans laquelle baigne le film finit par se retourner contre lui, n’ouvrant pas la porte sur grand-chose.

Si le film ne convainc pas vraiment, c’est aussi et surtout par manque de rigueur dans la direction des acteurs. Exception faite de Roschdy Zem (imperturbable, tout en douceur brute, bref, égal à lui-même) et d’Hélène Patarot (parfaite d’inquiétante drôlerie), ils peinent à trouver le ton juste pour concilier les ambitions paradoxales de la réalisatrice. C’est notamment le cas sur les scènes de tournage qui, balançant entre réalisme et caricature, n’atteignent jamais la plénitude douce-amère de La Nuit américaine. Dans le rôle primordial de la star à l’identité douteuse, Marie-Josée Croze, « révélation » des Invasions barbares, s’avère particulièrement décevante. Pas assez magnétique pour incarner une vraie star, pas assez fragile pour démystifier l'icône, elle est juste mal à l’aise et échoue à donner une dimension à son énigmatique personnage.