Mean Creek

Film américain de Jacob Estes

Avec Rory Culkin, Ryan Kelly, Trevor Morgan

Sortie le 29-09-2004
 
   

Par Christophe Chauvin


Durée: 1h29

 
 
   

Bully's delivrance

Mean Creek est, par définition, un film indépendant : acteurs inconnus, petit studio, petite distribution, petit budget. Malheureusement, on verra qu'il est loin d’être indépendant sur le plan scénaristique…

Sam, un gamin de 13 ans, décide, avec l’aide de son frère, de se venger de Georges, un camarade de classe qui le persécute sans raison. Ils organisent alors une virée en bateau à l'occasion de laquelle ils projettent de lui faire payer ses torts…

Mean Creek, dans son intrigue même, semble déjà être un remake de Bully (Larry Clark), avec des acteurs plus jeunes et une histoire légèrement différente. La balade en barque qui tourne au drame rappelle sans cesse Délivrance (John Boorman). La photographie est calquée sur celle de Long Island Expressway (Michael Cuesta) et les dialogues sur ceux de Larry Clark. On l’aura compris, le film n’existe jamais par lui-même mais en appelle toujours à d’autres pour exister. Il semble n’être que la somme mal agencée d’éléments « empruntés » ça et là au meilleur du cinéma indépendant américain.

Le problème du film est qu’il ne dépasse jamais les modèles auxquels il fait référence : entreprise qui, de toute façon, s'avèrerait quasi-suicidaire étant donné la qualité des modèles en question. Mean Creek n’est alors qu’un salad-bowl grossier de déjà-vu, déjà-entendu où le réalisateur ne prend aucun risque pour développer une histoire originale. Il préfére s'imaginer  que le spectateur, novice et inculte, n’y verra que du feu. Le seul parti pris personnel qu’on peut  trouver réside dans la caractérisation psychologique particulièrement malsaine du personnage de Georges : summum de méchanceté gratuite, il présente néanmoins la circonstance atténuante d’être gros et mal dans sa peau ; le spectateur est donc constamment pris en otage dans une situation qui fait du salaud la victime. Le réalisateur brouille ainsi la frontière entre Bien et Mal, entre spectateurs et bourreaux et se rapproche d’une certaine « morale » chère à Lars Von Trier…

Mean Creek est donc un film sans intérêt qui ne semble régi que par une seule volonté : exploiter le filon, à la mode depuis quelques temps, du film d’ados. N’est pas Gus Van Sant qui veut …