Les Clefs de la maison
Le Chiavi di casa

Film italien de Gianni Amelio
Sélection officielle Festival de Venise

Avec Kim Rossi Stuart, Andrea Rossi, Charlotte Rampling

Sortie le 15-09-2004
 
   

Par Esther Castagné


Durée: 1h45

 
 
   

Les clés de la tolérance

Paolo, un enfant « né avec quelques problèmes », a 15 ans lorsque son père le rencontre pour la première fois. Ensemble ils vont partir à Berlin où Paolo doit se faire soigner, mais le véritable voyage est le voyage initiatique qu'effectue Gianni, le père indigne. Il va progressivement apprendre à accepter son fils sans avoir honte ou peur de lui.

Amelio réussit à montrer l'évolution du père et les difficultés qu'il rencontre sans jamais tomber dans le pathos. Il saisit avec subtilité tant le désarroi du père que la naïveté de l'enfant. La souffrance que provoque chez le père la « maladie » de son fils s'exprime à travers la fragilité de cet homme lucide et capable de ressentir l'exclusion dont est victime son fils. « Préparez-vous à souffrir », lui dit la mère d'une jeune femme qui a encore beaucoup moins de « chance » que Paolo. Ce personnage, qui fait pendant à celui de Gianni, est interprété par Charlotte Rampling, qui tout comme Kim Rossi Stuart, frappe par la justesse de son interprétation. Cette femme a toujours été une mère présente et irréprochable, contrairement au personnage de Gianni et, depuis la naissance de sa fille, sa vie se limite à être à ses côtés et à la prendre en charge totalement. La douleur de cette mère engendre des sentiments parfois cruels mais toujours justes et Amelio brosse le portrait d'une femme meurtrie, qui souhaite à la fois la meilleur et le pire pour l'être qu'elle aime probablement le plus au monde. Le réalisateur réussit à exprimer avec pudeur une situation délicate et traumatisante à laquelle chacun de nous peut avoir à faire face. Il faut aussi rendre hommage à Franco Piersanti dont la musique souligne l'émotion des personnages sans jamais tomber dans la sensiblerie. Le contraste entre père et fils est d'autant plus frappant qu'Amelio a choisi un homme jeune et séduisant pour interpréter Gianni, et cet apprentissage de la différence trouve son point d'orgue dans la dernière scène où, avec ce sens de l'umorismo qu'ont les Italiens, c'est le fils qui semble prendre en charge son père et lui intime l'ordre de ne pas pleurer parce que « ça n'est pas bien ». Et ces larmes représentent tout ce que le père a accepté, admis et dévoilé progressivement dans l'espace du film, de la même manière qu'il a petit à petit appris à connaître et aimer son fils.