Steamboy

Film japonais de Katsuhiro Otomo
Film d'animation

Sortie le 15-09-2004
 
   

Par Christophe Chauvin


Durée: 2h06

 
 
   

1988 : le public international découvre avec curiosité et admiration Akira, premier long métrage d'animation à dépasser les frontières japonaises. 16 ans et quelques centaines de fans plus tard, force est de constater qu'il a ouvert une brèche énorme permettant à la japanimation de s'imposer à plus qu'une poignée d'initiés. Et si on entend davantage les noms de Miyasaki, Takahata ou Oshii de nos jours, on se réjouit de voir que Katsuhiro Otomo, de retour en force avec Steamboy, a encore des choses à dire !

A première vue, l'intrigue de Steamboy n'a rien à voir avec Akira : au XIXe siècle, en Angleterre en pleine exposition universelle, un jeune homme se voit confier une mystérieuse "Steam ball", une source d'énergie d'une puissance phénoménale.

Convoité par deux organisations ennemies, le jeune garçon se retrouve au centre d'une lutte acharnée pour la possession du fameux objet…

La volonté de pouvoir, la quête de puissance, l'utilisation de la science à des fins politiques et militaires… : Steamboy est certes un film d'époque, il n'en reste pas moins profondément contemporain. S'appuyant sur les prémices de la science moderne, Otomo pointe avec pessimisme les dérives dévastatrices de la technologie et développe une parabole sur son utilisation meurtrière par les hommes.

Rappelant en cela les apocalyptiques Akira et Memories, le monde selon Otomo est en processus constant d'autodestruction. Explosions, implosions, souffles pyrotechniques en tous genres : les armes de destruction massive sont bien réelles chez le réalisateur et l'obsession de la destruction rappelle constamment une sorte de traumatisme post-bombe atomique. On soulignera les procédés techniques hallucinants mis en œuvre par Otomo, qui utilise à fond (parfois à outrance) le potentiel visuel spectaculaire des machines à vapeur et des inventions sidérurgiques, usant notamment habilement des travellings circulaires.

Peut-être plus encore que l'obsession de la destruction urbaine, on remarquera le souci quasi-pulsionnel du détail. Rarement on aura vu un manga si documentaire, si précis et si attaché à accorder autant d'importance aux décors qu'aux personnages eux-mêmes. En cela, Otomo rompt radicalement avec Miyasaki qui préfère magnifier tantôt l'un, tantôt l'autre, privilégiant une approche poétique plutôt que réaliste du film. On ne s'étonnera d'ailleurs pas que le réalisateur ait fait des études poussées d'architecture même si sa démarche est opposée. Là où l'architecte fonde son art sur la création matérielle, Otomo s'amuse à démolir et à pulvériser ce qu'il a auparavant créé soigneusement, dans le moindre détail, pendant des jours entiers. Histoire de dire que la destruction est aussi une forme de création artistique…

Avec Steamboy, Katsuhiro Otomo nous livre un film moins abouti sur le plan scénaristique qu'Akira, car parfois un peu lourd ; cependant,  le film est une réussite totale sur le plan visuel. En utilisant toutes les possibilités actuelles de l'animation (3D, 2D, images de synthèse…), Steamboy incarne à merveille le futur de l'animation.