Mon père est ingénieur

Film français de Robert Guédiguian

Avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Daroussin, Gérard Meylan, Pascale Roberts, Jacques Boudet

Sortie le 18-08-2004
 
   

Par Morgane Perrolier

 
 
   

Mon beau-frère est pâtissier

Tandis que sa mère lui raconte la Pastorale (vision romancée de la naissance du Christ), Natacha s’imagine en Vierge Marie, accompagnée de Jérémie (son Joseph à elle), prête à accoucher sur les quais désaffectés de Marseille. En réalité, Natacha est chez ses parents. Allongée sur un transat, elle se laisse mourir. Pédiatre et chef de service dans un hôpital, engagée dans la vie de son quartier, la voilà à présent dans un état de «sidération psychique». Jérémie, l’amour de sa vie, va tenter de découvrir la cause de ce changement inattendu.

Mêler le conte religieux à la vie réelle, tel est le parti pris osé du douzième long-métrage de Robert Guédigian. Mon père est ingénieur semble être la première oeuvre véritablement stylisée du réalisateur: le croisement de deux histoires (le «présent» et la reconstitution biblique) et les nombreux flash backs dans le passé des personnages brouillent la linéarité narrative habituelle à ses précédents films. Cependant, les transitions ne s’opèrent que rarement avec légèreté. En outre, l’esthétique (kitsch et clinquante) qui se dégage des séquences de Pastorale est très éloignée du lyrisme recherché par le cinéaste; les panoramiques circulaires manquent assez largement à leur vocation expressive. Les longues minutes assignées aux déplacements de personnes ou de véhicules, les morceaux pop tristement choisis, le decorum artistique au goût plus que douteux ont raison de notre bonne volonté. Un ennui assez inégal finit par venir à bout de notre attention. Certes, les scènes dialoguées restent tout à fait recevables et le conte social, le mystère de l’aphonie de Natacha nous interpellent. Malheureusement, la forme toute entière est contaminée par l’ambition nouvelle du réalisateur. Bien plus, ce ton auteuriste reste au service de l’impérissable thématique de Guédigian. En communiste convaincu désabusé et catholique nostalgique, il ne prêche plus et ne fait que montrer ce en quoi il a cru.