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Film français de François Ozon

Avec Valeria Bruni-Tedeschi, Stéphane Freiss, Géraldine Pailhas, Michael Logsdale, Françoise Fabian

Sortie le 01-09-2004
 
   

Par Laurence Bonnecarrère

 
 
   

La dérisoire tragédie du démariage

Il est de bon ton désormais (Jane Campion, David Lynch, Gaspar Noé, et maintenant Ozon) de  raconter les histoires en commençant par la fin. C'est amusant, mais à la longue cela risque de lasser.

Quand tout le cinéma aura adopté le récit cul par dessus tête, une narration normale nous paraîtra tout à coup  très  subversive ! Le nouveau film  d'Ozon raconte  un fiasco conjugal  (Gilles et Marion)  mais à rebours. La première des cinq séquences étant  celle de la séparation,   on aura vite compris que   l'issue était inscrite dans les prémisses...   Mais la clairvoyance du spectateur a un prix : le procédé   leste    le film en  lui interdisant toute forme de respiration.

Racontée à l'endroit, que vaudrait une telle histoire ? Un homme et une femme se rencontrent (au Club Med), ils se plaisent, se marient, ils ont un enfant... Puis  très vite vient la lassitude sexuelle,  et c'est le divorce.

Gilles, le mari  (Stéphane Freiss) est un type  brutal, odieux ; Marion (Valeria Bruni-Tedeschi, à contre-emploi) n'est qu'une jolie oie blanche.  De ce couple de bourgeois  décomplexés, de toute façon, on ne saura rien, hormis  leurs déboires " métaphysiques " (sodomie, pas forcément, partouze oui, mais à certaines conditions, etc...). Ils n'ont pas de soucis professionnels,  zéro conversation,  aucune  curiosité commune, rien. 

Bref, cette  sombre  galéjade est l'envers  de la comédie  américaine du remariage des années 50 : dans l'univers d'Ozon, il n'y a aucun avenir pour le couple, hormis celui  de se pétrifier comme  ces vieux  parents aigris (Françoise Fabian et Michael Lonsdale), mutiques,  rongés par le ressentiment,  incapables  pourtant de se séparer.

Désabusé  Ozon ? On ne saurait lui reprocher. Mais il y a plus gênant.  L'absence d'intériorité des personnages  (Gilles  comme  Marion ici)  est frappante, mais la même remarque valait  déjà pour le vénéré  Sous le sable (le meilleur Ozon ?). Que cachait le beau visage énigmatique de Charlotte Rampling ? Quel homme  était son impénétrable mari ?

Mystère....

Aucun mystère  en revanche dans Cinq fois deux. Et si l'on ne s'ennuie pas  (la mise en scène est tonique et il y a des moments savoureux) on se demande tout de même où va Ozon.  Pourra-t-il désormais  nous décevoir ?