Un fils

Film français de Amal Bedjaoui

Avec Mohamed Hicham, Hammou Graïa, Isabelle Pichaud

Sortie le 25-08-2004
Festival International de Venise. Nouveaux territoires 2003
 
   

Par Christophe Litwin


Durée: 58 mn

 
 
   

Love me papa

Salim (Mohammed Hicham), se brosse les dents dans une salle de bain. Scène toute ordinaire, sauf qu'à côté de lui, on entend des jappements. Léger mouvement de caméra et on découvre un quinquagénaire mal dégrossi copulant tant qu'il peut avec Julie (Isabelle Pichaud).

Scène crue et ambiguë où se révèle la double vie de Salim. Prostitution avec Julie en guise de gagne-pain, mais en même temps, aspirations d'un fils modèle, soucieux d'un peu de reconnaissance. Le schisme n'est pas absolu entre ces deux vies : Salim s'attache à certains clients comme à des figures paternelles, tandis qu'il voudrait donner l'argent de son travail pour subvenir aux besoins de santé d'un père veuf, et peu loquace. Ses marges se réduisent à mesure que ses deux vies deviennent plus irréconciliables, jusqu'au drame.

Ce moyen-métrage de la réalisatrice Amal Bedjaoui est prometteur. Le film pèche certes parfois par une tendance à surdéterminer certains événements, à trop vouloir les réduire à la relation père-fils. 58 minutes, c'est à la limite du moyen et du long métrage et peut-être le caractère un peu dicté et insistant de certains passages tient-il à cette hésitation.

Reste qu'Amal Bedjaoui a un talent manifeste : c'est d'abord celui de camper ces personnages en laissant jouer à merveille la complexité des contextes dans lesquels ils interagissent. Le personnage de Julie est à ce titre remarquable : apparaissant à chaque nouvelle séquence d'une manière différente : tantôt soeur, tantôt amante ; parfois robuste, souvent fragile, à la fois enfantine et ludique avec Salim en même temps que professionnelle et défraîchie : l'effeuillement de ses facettes lui donne une épaisseur insaisissable.

Amal Bedjaoui a la sensibilité requise pour manifester le malaise, les failles dans les destins de ses personnages, et pour découvrir les atmosphères, les contextes dans lesquels ceux-ci viendront le mieux au jour. L'entrée en scène d'Aurélien Recoing, père de famille et ogre trouble des boîtes de nuit, au visage dur, plein d'une violence réprimée, toujours au bord de l'explosion le montre clairement.

Elle fait ainsi dire à Laurent Cantet : « La première apparition d'Aurélien dans la boîte de nuit pour moi a été très troublante. C'est vrai que j'ai une image d'Aurélien qui s'est créée à travers le personnage de L'Emploi du temps et d'un seul coup, j'ai découvert une facette peut-être de mon personnage que j'ai occulté, quelque chose de presque maléfique... Ce qui est évident aussi effectivement dès la première seconde où on le voit, c'est qu'on se dit que c'est un personnage qui va être moteur de cette situation vouée au mensonge, au silence, à la stagnation. »

Il faudra lire dans cet aveu un compliment plus que mérité.