Reines d'un jour

Film français de Marion Vernoux

 
   

Par Clémentine Gallot

 
 
   

Reines d'un jour, ou encore "c'est pas mon jour".

On croirait presque une production holly-woodienne. mais il n'en est rien. Le nouveau film de Marion Vernoux est un petit bijou, une comédie comme on en réclamait en ce moment (rien à voir avec Le journal de Bridget Jones).

Le film est certes léger, mais pas uniquement. Il est organisé en une série de portraits, dont les personnages se croisent, pour former, finalement, une grande fresque, le tout sur une seule journée (pas des plus agréables, contrairement à ce que laisse supposer le titre). Les personnages vont par couples, qui se déchirent, se retrouvent, se fuient. Il y a Hortense (Karin Viard), l'orthophoniste suspendue à son portable car elle cherche frénétiquement à tromper son pauvre mari - (Philippe Harel) avec un barman (Gilbert Melki), ainsi qu'avec un ami de celui-ci (Melvil Poupaud) qui pourtant la rembarre aussi sec. Il y a Luis (Sergi Lopez) en brave conducteur de bus, accommodant, cool (avec sa boucle d'oreille), qui pète les plombs quand sa femme (Clémentine Célarié) le quitte. Il y a Marie (Hélène Filières), jeune photographe… La voici enceinte après avoir couché, le jour de son mariage, avec le marié… (le frère d'Hortense). Ensuite, elle se fait licencier, puis couper les cheveux au sécateur. Il y a Maurice (Victor Lanoux), bedonnant, star déchue du télé-achat, qui se prépare à revoir son ancienne femme et collaboratrice (Jane Birkin), et finit par dormir sur le palier avec son chat et la fille du conducteur de bus. Ces intrigues se croisent et s'entremêlent (encore plus que dans Betty Fisher), chaque personnage se trouvant lié aux autres par un lien de parenté, le hasard d'une rencontre, un lieu de vie commun.

La réalisation, enlevée, passe de l'un à l'autre avec agilité, nous entraîne dans un formidable tourbillon (le "tourbillon de la vie", comme la chanson de Jules et Jim), mais nous communique aussi une sensation de mal-être finalement, car si on rit des situations dramatiques, le spectateur se reconnaît dans ces personnages perdus, qui déchantent (nostalgie : le temps a passé, ils ne sont plus séduisants, l'amour ne dure pas, etc.). Enfin, le film bouscule les habitudes de la comédie, se trouve être plus original qu'on ne l'aurait cru, surtout plus fin que la plupart des comédies (cf. Bridget encore une fois) et évite l'écueil des personnages stéréotypés. N'oublions pas de dire que la lumière est magnifique ! Néanmoins, une interrogation persiste : quelqu'un peut-il m'expliquer le dernier plan sur la photo des enfants avec le Père Noël ? Est-ce un message d'espoir pour l'avenir ? Pour dire que, finalement, tout ne va pas si mal ?