Nous nous sommes tant aimés
C’eravamo tanto amati

Film italien de Ettore Scola

Avec Vittorio Gassman, Stefania Sandrelli, Nino Manfredi, Stefano Satta Flores, Giovanna Ralli

Sortie le 14-07-2004
 
   

Par Erwin Zys-Launay


Durée: 1h55

 
 
   

Heurs et malheurs d’une génération perdue

Nous nous sommes tant aimés revient en version restaurée. C’est l’occasion de découvrir une oeuvre  d’une rare beauté. Egalement populaire, ce grand  film occupe une place de choix dans le cinéma italien.

Camarades engagés dans la résistance italienne, Nicola (Stafano Satta Flores), Gianni (Vittorio Gassman) et Antonio (Nino Manfredi) connaissent des destins différents dans l’Italie de l’après guerre. Socialistes de coeur, ils doivent  trouver leur place dans un pays désormais dominé par les démocrates chrétiens. Est-il  possible d’accorder le monde à leurs idées, ou faut-il que ce soit l’inverse ? Tel est  le point d’ancrage de ces destinées qui se croisent sans se rejoindre. Quelle liberté a-t-on de rester fidèle à ses convictions dans une société qui vous presse de réintégrer le rang ? Nicola, influencé par le courant néo-réaliste, abandonne vainement femme et enfant dans son projet d’un éveil social pour l’Italie. Gianni, l’avocat, plus apte à prendre le pouls de cette nouvelle société, cède rapidement à l’arrivisme. Antonio, simple infirmier, le plus vulnérable des trois, est pourtant le seul à ne pas se trahir, même si cela le prive de toute ascension sociale.

Ettore Scola réalise une vaste fresque à la fois complexe et d’une remarquable clarté. Les mouvements du film sont construits selon des rythmes ternaires: la jeunesse et ses idéaux ; l’installation dans la vie et ses compromis ; le temps des souvenirs, souvent amers, et de l’amitié retrouvée.
En contrepoint de l’amitié, ce sont les désirs et les amours changeants d’une actrice ratée qui réunissent et séparent les trois hommes ; une femme versatile qui endosse tour à tour l’identité et le caractère des protagonistes, idéaliste et lunaire, puis ambitieuse, et enfin authentique.

Le film  raconte aussi un échec et ce genre d’entreprise est toujours périlleux.
Ettore Scola réussit tout à la fois à se montrer féroce avec cette nouvelle Italie bourgeoise, à conserver de la tendresse pour ses personnages et à offrir un cinéma d’une grande simplicité.
Le réalisateur ne cède ni aux traditionnelles encartées symbolistes du cinéma italien ni aux apartés esthétiques en vogue à l’époque, sinon pour s’en moquer. Les premières minutes sont un summum d’humour lorsque Ettore Scola profite du générique pour se livrer à une interprétation loufoque des procédés du cinéma d’art et d’essai. L’humour est d’ailleurs présent dans chaque scène du film, que ce soit au niveau de l’écriture, ou dans la direction des acteurs qui fait la part belle au second degré.

Nous nous sommes tant aimés est le film d’une génération qui pensait changer le monde et s’est finalement oubliée elle-même. Ettore Scola en dresse un portrait courageux, d’autant  que le film a des accents  autobiographiques. Difficile de rester insensible à une oeuvre si personnelle et dont le ton est si juste.