Arimpara

Film indien de Murali Nair

Avec Nedmudu Venu, Sona Nair, Rajan Sithara

Sortie le 30-06-2004
Cannes 2003 - Un certain regard
 
   

Par Simon Legré


Durée: 1h30

 
 
   

Un film qui a du grain...

Il y a des films qui tatouent la mémoire sans crier gare. C'est le cas de cette étrange fable indienne aux échos kafkaïens. Ici, ni décadence luxuriante, ni déluge coloré. Fini l'enchantement orientalisant aux moiteurs pâtissières.

Arimpara, c'est du Cronenberg nappé à la sauce curry... Un beau matin, un propriétaire terrien du sud de l'Inde découvre sur son menton une vilaine verrue noiraude. N'en ayant cure, il n'y touche pas... Sauf que cette excroissance se fait mutante, épousant successivement la forme d'une groseille, d'un chou-fleur et de la barbe version Saddam. Pire : la charpente de cette chose purulente devient aussi longue que le corps de son heureux propriétaire et se met à pousser à intervalles réguliers des petits rires d'hyène chafouine. Alors que sa femme le quitte, lui s'obstine à refuser de voir un médecin, préférant l'usage prophylactique traditionnel à base de plantes vertes... Ce film organique délivre une inventive allégorie du conflit modernité / tradition ancestrale (à laquelle notre héros s'arrime désespérément). Mais Murali Nair parvient habilement à dépasser ce clivage un peu primaire. Car la compacité d'Arimpara plonge dans une vertigineuse spirale d'interprétations. Cette parabole horrifique au seuil du soutenable se reçoit comme un coup de piquouse empoisonnée dans les neurones. Patiente, la caméra de Nair observe au scanner les mouvements de cette muqueuse mutante à travers une texture visuelle parfaitement composée. On est fasciné par la laideur répulsive de ce conte à l'humour de légiste, qui oscille entre le réalisme le plus cru et le poétique cocasse (la fin est dadaesque). Cousin inavoué (mais épicé) de Rage de Cronenberg, Arimpara est une ½uvre dont la beauté cruelle exerce un magnétisme mesmérien qui n'explique rien. N'empêche, après ce film, c'est avec un autre oeil que l'on regarde la verrue mentonnière de notre tante Ursule...