Spider-man 2

Film américain de Sam Raimi

Avec Tobey Maguire, Kirsten Dunst, James Franco, Alfred Molina

Sortie le 14-07-2004
 
   

Par Christophe Litwin


Durée: 127 minutes.

 
 
   

Je ne suis pas un héros. Faut pas croire ce que disent les journaux…

La chanson de Johnny aurait pu constituer le générique de Spider-man 2. Peter Parker ne joint pas les deux bouts. Ses devoirs de super-héros lui prennent trop de temps, et sa vie personnelle est un désastre : livreur de pizza, il se fait virer ; il n’a pas de quoi payer son loyer ; étudiant, il manque ses cours ; le Daily Bugle pour lequel il est photographe mène une campagne indigne contre l’homme-araignée…

Le pauvre garçon louse plus que jamais avec la belle Mary Jane, à qui il meurt d’envie de révéler sa véritable identité dans le plus romantique des madrigaux, mais il  n’ose pas. Ça va mal, et le teen-ager frustré commence à somatiser ses échecs, à perdre ses super-pouvoirs. Il renonce bientôt à être Spider-man. Pendant ce temps-là, un brillant savant part en sucette et se transforme en monstre aux pouvoirs menaçants… Spider-man reviendra-t-il nous sauver? Le scénario a des relents de Superman 2, quand Clark Kent renonçait à être Superman pour aimer enfin Loïs Lane. Mais qu’importe ?

Ce nouveau volet réussit à restituer à coups d’effets spéciaux renversants la cinétique vertigineuse du fascinant héros de la BD Strange, ces plongées et rebonds tous d’agilité et de ruptures extrêmes dans la jungle ultra-urbaine de la Big Apple. Mais il  tire aussi  parti d’une manière fort drôle de la dualité du personnage. La question se pose constamment dans le film : Spider-man, incarnation du fantasme jeune adolescent, a-t-il un futur héroïque, ou n’est-il plus qu’un costume hip de héros has been ?

Témoin cette scène hilarante où le héros, devenu incapable de tisser ses toiles, après s’être lamentablement cassé la binette en ratant quelque acrobatie douteuse sur un toit, se retrouve outrageusement contraint à prendre l’ascenseur avec un quidam. Peter Parker paraît tout honteux de devoir porter sa tenue de héros comme s’il n’était qu'un bonhomme inspiré se rendant à un de ces carnavals branchés de la vie moderne ; comme si, soudain revenu à un contexte tout à fait ordinaire et inattendu, son costume l’embarrassait, tel l’excroissance imprévue d’un désir extravagant et déplacé, aux attributs d’une fierté désuète qu’il devrait s’empresser de dissimuler tant bien que mal avec un air contrit. Ce jeu sur la castration du gentil héros est donc assez habilement conduit, même si la structure d’ensemble et la morale pesante du récit restent finalement d’une niaiserie sans surprise...