Porto de mon enfance

Film portugais de Manoel De Oliveira

Avec Jorge et Ricardo Trepa, Maria de Medeiros, Manoel de Oliveira…

Sortie le 07-02-2002
 
   

Par Raphaël Lefèvre


Durée: 1h01

 
 
   

C’est qu’il est en forme, le Manoel ! A peine six mois après Je rentre à la maison, Oliveira, 93 ans, nous offre un nouveau film, tout aussi léger et rigoureux à la fois. Aurait-il senti sa fin proche et décidé de tourner le plus possible avant de disparaître ? Quoi qu’il en soit, s’il continue de faire des films aussi jolis, on n’a pas à se plaindre !

Ce documentaire autobiographique, aussi grave que ludique, est une parfaite illustration de ce qu’est ce sentiment particulier mêlé de nostalgie, de joie et de tristesse et que les lusophones désignent par le nom intraduisible de saudade. C’est aussi la preuve, à travers la voix off d’Oliveira, que le portugais est une langue magnifique. A ceux, imbus de préjugés, qui ne me croient pas, je conseille d’aller voir le beau film brésilien, La Vie peu ordinaire de Dona Linhares : la langue de la samba est encore plus belle que celle du fado…

Porto de mon enfance est un essai. Ou plutôt des essais : afin d’évoquer ses jeunes années, Oliveira essaie les différents moyens qu’il peut utiliser.

Les photos ? Elles donnent au temps une dimension figée. Il les utilise pour montrer les restes de la maison natale, qui resteront à jamais des restes. Les photos sont étonnamment laides, surtout en comparaison de la très belle lumière des images en mouvement ; mais le flou prend tout son sens quand Oliveira parle en termes de souvenirs et de ruines.

Les images d’archives ? Elles éveillent un sentiment de nostalgie et rappellent qu’Oliveira est probablement aujourd’hui le seul cinéaste à avoir débuté dans le muet…

La reconstitution historique ? Elle permet d’approcher le plus possible le spectateur de ce qu’Oliveira a vécu et vu étant jeune. C’est par exemple le meilleur moyen d’évoquer sa passion pour le théâtre. Ainsi fait-il jouer à un jeune comédien le rôle de Manoel enfant assistant à la représentation de Miss Diabo à l’opéra de Porto. Sur scène, c’est la touchante Maria de Medeiros qui incarne l’actrice. Et quelle n’est pas la surprise de qui ne connaît pas la tête d’Oliveira, lorsqu’il apprend au générique que l’imposant acteur, à qui on ne donnerait pas plus de 70 ans, n’est autre que le réalisateur lui-même (qui, pour rappel, a 93 ans) !

A partir de ces différents éléments, qu’il accompagne de sa voix nostalgique, entrecoupée parfois d’un fado a capella, Oliveira joue et va jusqu’à les mélanger lors d’une scène amusante où, "par la magie du cinéma", un ancien réalisateur portugais, en costume d’époque, filme en 2001 la sortie d’usine d’ouvriers contemporains, là même où il avait tourné le même plan, quatre-vingts ans plus tôt.

Porto de mon enfance peut parfois faire penser avec frisson à un testament. Mais Oliveira, c’est certain, n’entend pas en faire son dernier film. Si le cinéaste portugais se penche sur son enfance et ses premières émotions théâtrales et cinématographiques (qui resteront liées tout au long de sa vie), c’est pour mieux déclarer à la fin : "Et je réaliserai des films jusqu’à la fin de ma vie.". Souhaitons-lui que cette dernière soit encore longue et prolifique.