Shrek 2

Film américain de Adamson/Asbury/Vernon
Film d'animation

Sortie le 23-06-2004
 
   

Par Clémentine Gallot


Durée: 1h30

 
 
   

Eloge de l'altérité

Où l’on apprend que Pinocchio porte en fait un string

Shrek 2, production hollywoodienne de l’été, a pour cible… Hollywood (mêlant autocritique et autocongratulation, recréant ainsi en partie le consensus qu’il prétend défaire). Cela étant dit, cette prouesse d’animation, sélectionnée en compétition officielle à Cannes et que l’on doit une fois de plus à Andrew Adamson, parvient à réconcilier les fratries de cinéphiles pro et anti Bush.
Mon beau père et moi a fait des petits : les beaux-parents de Shrek 2 ne sont autres qu’un roi et une reine ordonnés, couple en papier glacé, accueillant avec réticence leur gendre, l’ogre verdâtre Shrek, dépêché depuis son marécage, au grand effroi de la cour et des starlettes amassées pour l’occasion. Avec Hollywood comme décor et pivot de cette astucieuse transposition, notre héros bedonnant est, de fait, voué à subir le rejet de ce royaume aussi parfait qu'impitoyable (équivalent du système du vedettariat) et devra imposer sa loi face aux concurrents à la succession (le coquet mais coquin premier rôle, Prince Charming).
S’inspirant, dans sa forme, des conventions du fabliau et des feuilletons à rallonge type Amour, gloire et beauté, Shrek 2 cultive, dans le fond, une démystification des lieux communs de notre enfance (journal intime, rêve du prince charmant, bonhommes en pain d’épice qui s’animent) auxquelles viennent s’ajouter les addictions modernes (rentabilité, mercantilisme, diktat de l’apparence). Les références, les allusions aux dérives policières, au cannabis, aux OGM et autres sujets brûlants ne manquent pas, portées par une apparente désinvolture. Les figures tutélaires de notre imaginaire sont mises à mal et la critique fait mouche : exit la Bonne Fée d’antan qui se révèle marâtre liftée, maître chanteur qui  finit par s’exporter sans vergogne sur internet, ouvrant start up et usine à potions pour dispenser ses services et commercialiser les happy ends. Last but not least, que serait le récit sans l’arrivée d’un irrésistible et fourbe patapon (Chat Potté) qui vole la vedette aux animaux, même les moins sages, de la fable. Au milieu de ces private jokes et de cette couillonade effrénée, les enfants habitués aux frasques irrévérencieuses de Jacques Demy s’y retrouveront peut-être...
Il faut croire qu’avec l’âge, Shrek, se bonifie : gagnant en finesse jusqu’à surpasser le premier, Shrek 2 est un heureux – et souvent hilarant- mélange. Cette métaphysique des contes de fées, qui en proposerait apparemment le miroir inversé, ne fait – mais personne n’est dupe - qu’en reprendre les recettes et confiner le spectateur à un même univers aux stricts agencements, mais avec quel génie !