Les choristes

Film français de Christophe Barratier

Avec Gérard Jugnot, François Berléand, Jacques Perrin , Jean-Baptiste Meunier

Sortie le 31-03-2004
 
   

Par Laurence Bonnecarrère


Durée: 1h35

 
 
   

Joli film ?...

Ce premier long métrage de Christophe  Baratier est un joli succès. Ce remake de La cage aux rossignols  (1944) de Jean Dréville atteint ses objectifs au-delà même de toute espérance.

Quasiment ex-aequo au box office avec Le seigneur des anneaux, il a séduit plus de six millions de spectateurs au bout de 13 semaines, et il continue de poursuivre son irrésistible ascension !

Première question : un tel succès est-il justifié ? Le film, qui raconte la rédemption  par la musique, de soixante enfants emprisonnés dans une maison de redressement, est « finement mis en scène ». L'image et les décors sont  élégants, les morceaux chantés enjôleurs, mais enfin et surtout, les comédiens sont remarquablement dirigés. Gérard Jugnot est absolument parfait et le jeune héros du film, Jean-Baptiste Maunier, est renversant. Le film est rythmé, bien écrit, amusant et charmant à plus d'un titre. Christophe Baratier a du talent,c'est indéniable. Ce  remake mérite donc  le même succès  que l'original.

Seconde question : quel est le sens de tout cela ?

Il n'est certes pas interdit de faire d'honnêtes reprises de grands succès populaires. Le problème, ce serait plutôt le soi-disant message « humaniste » et « optimiste » du script. Il me semble  au contraire que ce film est désespérant, puisqu'on ne peut  que mesurer la distance entre une  vision idyllique de l'humanité (un seul méchant, mais  il est puni à la fin; sinon  tous les adultes sont foncièrement bons et tous les enfants sont  des génies qui s'ignorent) qui était crédible en 1949, mais qui ne l'est plus en 2004.   Que dirait-on si un peintre aujourd'hui peignait des coquelicots dans un pré à la manière de Renoir ou de Monet ?  L'eau a coulé sous les ponts depuis Dréville, l'optimisme benoît d'après guerre  n'est plus précisément de mise. On dira que le film est désuet ? Mais il ne s'agit pas seulement de désuétude, mais bien d'inauthenticité. Dans le film de Barratier, les ados s'expriment en français d'aujourd'hui. Pourquoi ? Pour donner l'illusion d'une intemporalité du propos ?  Et c'est  bien là que le bât blesse. Les enfants de maintenant ne sont pas si facilement amendables.  L'homme serait-il devenu mauvais, entre temps ? Ou bien nos éducateurs sont-ils inaptes, incompétents ? Tous ces enseignants accablés, chahutés, anéantis, qui croupissent dans nos Fond de l'Etang à nous,(ZEP), que ne poussent-ils la chansonnette avec leurs ouailles ?

Et puis  toutes ces petites menottes qui frétillent  à la fin tandis que Clément Mathieu s'éloigne sous une pluie de mots d'amour, ce n'est pas un peu too much ? Et le petit Pepino qui court après lui le temps de bien tirer les larmes du spectateur, ce n'est pas un peu... appuyé?

Le film a été comparé à Billy Elliot  et à Etre et avoir. En effet. Mêmes faux semblants, même perplexité. Il existe une certaine exploitation  de l'utopie méritocratique ou de la nostalgie qui  peut friser l'imposture.

PS : Critique de La cage aux rossignols par Isabelle Danel dans  « Le guide du cinéma chez soi » (Télérama) : « La présence de Noël-Noël (coauteur du scénario avec rené Wheeler) agit sur cette bluette surannée - mais finement mise en scène - où un pion parvient à intéresser à la musique de jeunes délinquants. La présence des petits chanteurs à la croix de bois a contribué au succès populaire du film. »