Shrek 2

Film américain de Adamson/Asbury/Vernon

Avec Les voix de Mike Myers, Cameron Diaz, Eddy Murphy, John Cleese, Julie Andrews, Antonio Banderas, Rupert Everett, Larry King, Jennifer Saundes

Sortie le 23-06-2004
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h32

 
 
   

Fresh air...

A ceux qui s’étonnaient qu’on puisse sélectionner Shrek 2 à Cannes (pouah, quelle horreur !), j’indiquerai que, paradoxalement, cet ogre vert qui rote, qui pète et qui pue, apportait enfin un peu d’air frais à cette guirlande de films «de festival» où les terroristes succèdent aux maffiosi, les junkies négligentes aux pédophiles inavoués et les parents indignes à l’armée des morts-vivants, sans oublier le vigoureux club des sado-masochistes actifs. Je me demande toujours comment ce public peut ovationner, en tenue de soirée, les tortures raffinées infligées aux victimes des films de Tarantino ou de Park Chan-Wook, et être scandalisé, le matin, en voyant dans les journaux des soldates américaines tenir en laisse leurs prisonniers irakiens. Insondable complexité de l’âme humaine...

Mais retournons au cinéma : le trio auquel on doit Shrek 2 (A. Adamson, K. Asbury, C. Vernon) est au Disney Land ce que Michael Moore est au Bush World : un missile qui ne manque pas sa cible. Un scénario pétillant et inventif, une exceptionnelle maîtrise de l’image de synthèse dans l’animation et le rendu de la peau et des tissus, un casting percutant (où s’éclatent Mike Myers, Eddy Murphy, Antonio Banderas, Rupert Everett, Cameron Diaz, etc.) et une avalanche ininterrompue de trouvailles, y compris le générique de fin, font de ce film une réussite indéniable pour un public qui sait encore apprécier l’immense travail artistique et technique que nécessite une pareille entreprise (comparé à l’effort que demande, par exemple, le déclenchement d’une mini DV filmant un bout de bois iranien roulé par les vagues). Les qualités de Shrek 2 le mettent évidemment hors-concours et son absence au palmarès n’est qu’une relative injustice car ce film n’aura évidemment guère besoin d’une telle aide pour trouver un public mérité.

Pour ceux que la technique pourrait intéresser, signalons surtout que la pellicule a totalement disparu de la chaîne de fabrication, puisque même la projection sur l’immense écran de Cannes était assurée par un Barco 2 K (2 millions de pixels) à partir d’un disque dur. Pour la première fois, une image numérique projetée se révélait supérieure en définition, chromatisme, contraste et fixité à l’insurpassable (jusqu’alors) support film argentique. Nous commençons à dire adieu au ruban perforé qui symbolisait le cinéma, comme le geste de la main qui tournait une manivelle imaginaire : sniff, c’est une vraie révolution.