2 Soeurs
A Tale of Two Sisters

Film coréen de Kim Jee Woon

Avec Im Soo-Jung, Moon Geun-Young, Kim Kab-Su

Sortie le 06-06-2004
Gerardmer 2004 - Grand Prix, Grand Prix du jury jeunes de la région Lorraine
 
   

Par Simon Legré


Durée: 1h59

 
 
   

Terreur surgelée prête pour le micro-ondes hollywoodien

Etrange symptôme : depuis un certain temps débarquent sur nos écrans divers films fantastiques venus d'Asie (Ring 1, Ring 2, Audition, Dark Water...), hantés par une figure qui revient comme une antienne : celle d'un ange de la mort aux cheveux noirs de jais, attifé comme une Yoko Ono déplumée au sortir d'un soir de cuite.

Cette fois, c'est la Corée qui s'y colle, avec cette histoire de soeurs qui, à la mort de leur mère, reviennent vivre dans la demeure familiale auprès de leur père, brave type dépassé, et de leur effroyable marâtre, sorte d'Al-Quaïda domestique qui ferait passer le docteur Mabuse pour Soeur Emmanuelle. Bruits de pas, portes qui claquent et hurlements nocturnes... Quel mystère cette hideuse baraque tout droit sortie de la maison hantée de Disneyland Paris recèle-t-elle ? Autant être clair : Deux soeurs est un épouvantable navet gonflé aux hormones de la stylisation la plus éculée, qui chemine sur de fragiles béquilles scénaristiques, "empruntées", entre autres, à Shyamalan. Avec une délicatesse pachydermique, le réalisateur régurgite piteusement une admiration mal digérée pour Shining, Carrie, Les Autres, Créatures célestes, Psychose, Trauma, Phenomena, Les Frissons de l'angoisse, Suspira, La Maison du Diable, Rebecca, Les Innocents et, allons-y pendant qu'on y est, Electre. C'est beaucoup. Et c'est tellement beaucoup qu'arrive un moment où le réservoir cinéphilique tourne à vide et finit par imploser. Dans un entretien du réalisateur, ce dernier, très fier de voir son film déjà acheté par les studios DreamWorks avant même sa distribution, assume avec une assurance rare son statut de fournisseur officiel du tube digestif hollywoodien... En attendant, sa mise en scène s'arrime péniblement à des ficelles visuelles vieilles comme un mauvais X Files. Seule la bande-son, d'un réalisme saisissant, délivre péniblement quelques frissons bien mérités. Mais il y a pire : ces images léchées, étrangement anachroniques, comme résultant d'une fascination déformée pour le modèle occidental (ah... les papiers peints purpurins et les fauteuils en skaï bruns tout droit sortis d'un hôpital luxembourgeois des années 80 !). Tout est banal, tout est étale, et au bout du compte, une bonne demi-heure avant l'ultime délivrance du spectateur, les masques tombent, lorsque la batterie grandguignolesque de ce mauvais duplicata clignote au rouge, dévoilant le véritable fantôme, ô combien plus terrifiant, qui sous-tend ce pot-pourri horrifique: celui d'Andrzej Zulawski, défoncé au haschich, filmant une pub pour Ikéa écrite par Marc Lévy, nappée d'une confiture musicale dégoulinante de violons criards à la André Rieux ...