Moi, Peter Sellers
Life and death of Peter Sellers

Film anglais de Stephen Hopkins

Avec Geoffroy Rush , Charlize Theron, Emily Watson

Sélection officielle festival de Cannes 2004
 
   

Par François-Xavier Rouyer

 
 
   

La bonne conscience en téléfilm

Stephen Hopkins a 45 ans, Stephen Hopkins est réalisateur et Stephen Hopkins s’en veut quand il regarde sa filmographie : « Mais qu’est-ce que j’ai fait ? », se dit-il, pourquoi suis-je responsable de Blown Away, de Perdus dans l’espace, et puis pourquoi ai-je massacré le chef d’½uvre de Claude Miller, Garde à vue en réalisant le remake américain Suspicion, où même la désormais traditionnelle scène dénudée, passage obligatoire dans tous les films de Monica Bellucci, de la belle italienne ne sauve pas le film ? ( enfin quand même elle fait plaisir).

Alors notre cher réalisateur trouve une idée pour faire passer son malaise : cracher sur un mythe, c’est à la mode, en plus le mythe est mort, je ne risque rien se dit-il…
Le mythe, c’est Peter Sellers : inspecteur Clouzot de la série des Panthère Rose, figure centrale de nombreux films de Blake Edwards et puis fabuleux Docteur Folamour de Stanley Kubrick. Hopkins s’inspire d’une biographie de Roger Lewis, plus que décriée par le fils de Peter Sellers, qui n’est pas d’accord avec cette peinture au vitriol de son père, portrait de l’artiste en malade mental.
Et c’est parti pour deux heures d’envers du décor, d’anecdotes mises en pellicule, de «oh, mais pourquoi est-il si méchant ?», de «ce n’est pas bien de taper sa femme !» et enfin du traditionnel: «c’est quand même fou, tout avoir et tout gâcher sans raison !». Bref, du poncif et du lourd nous est assené à longueur d’images et le spectateur risque fort d’être contaminé par une morale bien pensante à sa sortie du film.
Heureusement, les acteurs sauvent ce qui aurait pu être une catastrophe en un téléfilm plus qu’honorable. Il fallait du culot à Geoffrey Rush pour oser incarner Sellers, il en a ! Mais en plus de sa performance digne de l’Actor Studio, l’acteur s’amuse à jouer la mère, le père de Sellers et d’autres personnages du film au travers de séquences de mises en abîme assez bien pensées mais parfois un peu lourdes et inutiles. Cela fait plaisir de retrouver Charlize Theron dans un rôle de midinette après l’avoir vu dans Monster: Actor Studio quand tu nous tiens ! Quant à Emily Watson, elle est fidèle à elle-même, c’est à dire parfaite.