Process

Film français de C.S. Leigh

Avec Béatrice Dalle, Guillaume Depardieu, Daniel Duval, Dominique Reymond

Sortie le 26-05-2004
Berlin 2004 - Sélection officielle
 
   

Par Simon Legré


Durée: 1h38

 
 
   

Vivre et (se) laisser mourir

Le pitch de cet objet formaliste tient sur un morceau de serviette : aspirée par le vide, une actrice atteinte d'un cancer et qui, de surcroît, a perdu son fils dans un accident de voiture à cause de son mari (Guillaume Depardieu, enfin sobre, comme canalisé), se retire dans son appartement déserté, qui a tout d'un sépulcre carchérisé, pour s'autodétruire à petit feu, passant par une série d'étapes (le «processus» du titre) qui confinent au suicide programmé. Elle ne connaîtra ni rédemption, ni délivrance.

Le film épouse la logique de ce cauchemar éveillé où s'entrelacent plusieurs faisceaux temporaires (le passé et ses longues plages de quiétude conjugale, et ce présent lourd d'attente). Cauchemar d'autant plus insoutenable qu?'il est vécu de l'intérieur, «en direct», grâce à de longs plans-séquences un peu glacés, le chef-opérateur étant celui d'Angelopoulos. On y retrouve en effet la même incandescence de la lumière sur les corps et surtout, les mêmes longs travellings, murmurants comme des souffles d'agonie, qui spatialisent la durée.

C.S. Leigh sait, comme pas grand monde, rendre tangible la déstructuration psychique des êtres lessivés, la fêlure qui se creuse peu à peu dans un espace topographique et mental, au fil de séquences qui répondent à la plus rigoureuse des simplicités. Frôlant l'extrême à chaque instant, le réalisateur anglais dont c'est le premier film ne caresse pas le spectateur dans le sens du poil, et ce dernier, peu ménagé par la sécheresse hiératique des cadrages respirant l'isolement, en a l'estomac tout retourné. Nous infligeant dès les dix premières minutes une séquence de triolisme limite, C.S. Leigh, téméraire, se risque ensuite à une scène délicieusement ragoûtante (l'héroïne goûtant aux joies du fromage blanc assaisonné au verre pilé...), qui ferait passer Salo pour du Blake Edwards.

Si la beauté rôde grâce à cette construction qui dévoile une unité esthétique captivante, le film n'en demeure pas moins fermé de l'intérieur pour qui refuserait l'invitation à ce troublant voyage en apnée. Cette tendance à styliser chaque portion de temps en recourant à des procédés abscons (pourquoi scander le film tous les quarts d'heure par l'apparition du titre sur fond de cacophonie métallisée ?) ne sert en rien le propos: le film en pâtit grandement.

Electron égaré dans le néant d'un quotidien terne et pluvieux, Béatrice Dalle, avec le sens de l'abnégation radical qu'on lui connaît, ici pratiquement privée de dialogues, règne sur cette marche funèbre comme un «animal filmique», et redéfinit en une heure quarante la notion de présence à l'écran. Déchirante, la comédienne investit l'exigence formaliste du film qui repose entièrement sur elle. Sa pantomime miroitante vampirise avec brio ce collage stylisé qui, parfois figé dans sa pose auteurisante, frôle le néant ésotérique, victime de ses propres afféteries esthético-branchée ?