Séance
Kôrei

Film japonais de Kiyoshi Kurosawa

Avec Koji Yakusho, Jun Fubuki, Tsuyoshi Kusanagi

Sortie le 05-05-2004
 
   

Par Morgane Perrolier


Durée: 1h16

 
 
   

Spiritisme et Cinéma

Banlieue de Tokyo. Koji est ingénieur du son et mène une vie paisible avec sa compagne, médium. Après la disparition d’une petite fille, la police fait appel aux dons de Junko. Par un concours de circonstances peu probable (…mais tant pis), la fillette se retrouve chez le couple. Tout bascule alors dans la vie bien rangée des deux japonais.

Se proclamant d’emblée une série B, Séance parvient, grâce à l’ingéniosité et au savoir-faire de Kiyoshi Kurosawa, à dépasser les clichés de la traditionnelle histoire de fantômes. Le film se moule dans les codes du genre, et malgré une photographie assez fade et quelques effets cheap, distille une horreur diffuse et efficace. Le réalisateur utilise le surcadrage qui induit  un fourmillement d’informations. La géométrie du cadre procure ainsi un effroi implacable  qui devient un enjeu essentiel dans la rencontre entre morts et vivants. Toutefois, si la schizophrénie spatiale (lancinante opposition entre l’espace urbain et le monde rural) et la représentation du spectre sont fidèles à l’imagerie classique, elles constituent la charpente à partir de laquelle le réalisateur introduira quelques nouveautés.
 
En février 2003 sortait sur nos écrans le dernier film d’Hideo Nakata, Dark Water. Le fantôme d’une fillette y portait plusieurs visages: projection d’un désir et d’une frustration, illustration du calvaire féminin dans une société patriarcale... Or il semble que Séance, réalisé en 2000 pour la télévision, ait préparé quelques années plus tôt le terrain à Nakata. En effet, Kurosawa y dépeint un couple engoncé dans un quotidien morne et vide, sans enfant. L’épouse ne songe qu’à fuir sa condition de femme au foyer docile, jusqu’à endosser les habits de serveuse dans le resto du coin. Le spectre de l’enfant agit dès lors comme révélateur : par sa sourde étrangeté, il met à jour l’inertie destructrice dans laquelle s’enferme le couple. Kurosawa s’amuse des règles pour nourrir une réflexion qui rejoint la noirceur de ses autres oeuvres. Même si l’ellipse évite ici la représentation frontale du chaos, elle reste cependant le leitmotiv amer du film. Et malgré les imperfections évidentes de Séance, l’impact n’en est pas moins fort.