Yo, Sor Alice

Film argentin de Alberto Marquardt
Documentaire

Sortie le 05-05-2004
 
   

Par Clémentine Gallot


Durée: 1h15

 
 
   

La religieuse et l’argentine: chronique d’une disparition

L’affaire des deux religieuses, Alice Domon et Léonie Duquet, «disparues» sous la dictature argentine, en 1977 alerta les consciences rétives et la vigilance somnolente des autorités françaises. Pendant ce temps la communauté internationale fermait les yeux sur l’enlèvement de 30 000 personnes, dissidents, protestataires, travailleurs, victimes du coup d’état de Videla.

Le mouvement du documentaire d’Alberto Marquardt est double : il retrace d’abord la verticalité d’une trajectoire d’élection, celle d’une religieuse issue d’un petit village en Franche-Comté. Du péronisme, jusqu’à son engagement dans les bidonvilles de Buenos Aires et aux côtés des ouvriers agricoles pendant le régime militaire, son sort se trouve intimement mêlé à celui d’un pays.  Le cinéaste argentin trace un hommage posthume, qui pose face à une Histoire aveugle des êtres singuliers. Yo, Sor Alice honore la parole d’Alice Domon, dont l’écho résonne dans une correspondance épistolaire poignante, flux tendu de force et d’humilité.
Sa trajectoire donne accès à un précipité d’images d’archives, d’interviews, de documents historiques, qui fondent l’image comme «moment éthique». Le film, dans un geste obstiné de sentinelle, esquisse une réponse au vide laissé par les disparus. Comment mettre en scène et en images l’appréhension d’un événement abstrait - l’absence, de ces milliers d’argentins - ? Disparus, dont on sait maintenant que certains étaient jetés à la mer depuis des avions; dans une impunité qui subsiste, en partie. A l’épreuve d’un impossible deuil, Marquardt sonde les conditions du recueillement (cf. le mouvement des Mères de la place de Mai) et trouve dans le cinéma un point de liaison.
Yo, Sor Alice ébauche le retour obsédant d’une présence identitaire et engagée : son destin non-commercial et peu conventionnel ne lui ôte pas sa dignité mais scelle au contraire sa valeur.