Monster

Film américain de Patty Jenkins

Avec Charlize Theron, Christina Ricci, Bruce Dern

Sortie le 14-04-2004
Meilleure actrice : Berlin, Golden Globe, Oscar 2004
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h51

 
 
   

Gazon très maudit

Les clichés ancestraux sur la douceur maternelle et la fragilité féminine en prennent un vieux coup dans le cinématographe d’aujourd’hui. Contrairement aux idées reçues, lorsque les femmes accèdent au pouvoir, elles ne reculent ni devant la violence, ni devant la guerre, et se comportent comme des machos basiques : Hatshepsout, Golda Meir ou Margaret Thatcher ne me contrediront pas. Nous savons désormais que les réalisatrices se révèlent également supérieures aux spécialistes masculins de l’hémoglobine et que Claire Denis, Jane Campion ou Patty Jenkins, une nouvelle venue, feraient presque passer Peckinpah, Ferrara ou Tarantino pour de fragiles romantiques : bienvenue au club !

Mais Patty Jenkins, pour son premier film, apporte quelque chose de plus que les fastidieux gunshots qui ensanglantent les serial thrillers : une tentative de compréhension des motifs qui vont amener Aileen Wuornos, prostituée des bords d’autoroutes, à tuer sept clients avant d’être arrêtée et exécutée après douze ans d’attente dans le couloir de la mort. La force de Monster vient du fait qu’il ne s’agit pas d’une fiction gratuite et complaisante mais de faits réels. Egalement auteur du scénario, la jeune réalisatrice ne rajoute pas un film de plus à la longue liste de ceux qui dénoncent la peine capitale. Son propos ne cherche pas à atténuer le caractère monstrueux des meurtres qu’elle décrit (elle ne trouve, d’ailleurs, guère de circonstances atténuantes au comportement des deux héroïnes de cette cavale tragique), mais elle est fascinée par le manque d’amour de ces deux laissées pour compte de la société et par le désir d’un fragile bonheur qu’elles tentent d’établir.

Le pari de nous intéresser à ce monstre est gagné grâce à la maîtrise de la réalisation et à l’exceptionnelle qualité des interprètes. On a tout dit sur Charlize Theron (meilleure actrice à Berlin, aux Golden Globe et Oscar 2004), mais son exploit n’est pas d’avoir pris 15 kilos, de s’être rendue méconnaissable et d’incarner un personnage pour le moins peu sympathique : c’est de nous embarquer dans son odyssée en réussissant à nous faire redouter le sort qui l’attend, alors que nous devrions espérer sa mise hors d’état de nuire. Christina Ricci, en plaintive lesbienne-objet, incarne remarquablement la Judas femelle irresponsable qui va sceller le sort de ces amantes tragiques.