Paycheck

Film américain de John Woo

Avec Ben Affleck, Uma Thurman

Sortie le 25-02-2004
 
   

Par Clara Schulmann


Durée: 1h58

 
 
   

Un film tiède

Paycheck est un film frustrant : on en voudrait beaucoup plus ! Plus d’action, mieux menée, plus d’émotion, plus d’angoisse, d’amour, de violence, de vision futuriste un peu sale, de peur.

Paycheck est un film tiède qui aurait tout pour plaire, si justement il n’était pas si moyen, à ce point «au milieu». Ne pas réussir à réaliser un film un peu excitant quand on s’appelle John Woo, et qu’on adapte une nouvelle de Philip K Dick : le film illustre une faillite, une trop grande volonté de ne rien bouleverser, de faire comme il faut, de ne rien inventer. Il est sur des rails : tout est absolument prévisible et calculable, et pas de frissons.
Le film est à l’image de Ben Affleck : ayant hérité de la difficile mission de passer après Tom Cruise qui a tourné, avec une grâce incontestable, à la fois avec John Woo (Mission Impossible) et dans une autre adaptation de Philip K Dick, grandiose celle-là (Minority Report), il surnage ici avec difficulté dans ce monde de science fiction, où le héros doit être à la fois, et comme d’habitude, dépassé par les événements et capable de prendre quelques décisions fondamentales visant à sauver non seulement sa propre vie, celle de sa dulcinée, mais également l’avenir de l’humanité. Ben Affleck n’est à la hauteur d’aucune de ces trois missions. Et on ne peut que lui en vouloir : tout est là pour l’y aider. D’abord Uma Thurman, sublime, qu’il serait pour le coup difficile de négliger. Ensuite un scénario pas trop mauvais, un peu faible et attendu, mais qui ne demande qu’à être investi avec bonne humeur. Malgré cela, il semble mal à l’aise, trop engoncé dans son costume d’ingénieur informatique au sourire parfaitement lisse, et par ailleurs pas assez névrosé, angoissé, fatigué, trop marionnette sans humour, et trop peu homme d’action. Un acteur, dans ce genre de film, doit pouvoir être tout cela à la fois, et y prendre un plaisir manifeste.
Son histoire est simple, une seule chose l’intéresse : l’argent. Et c’est d’ailleurs dans le but d’empocher des sommes pharaoniques qu’il accepte de se faire effacer la mémoire : afin d’oublier les différents projets top secrets et haute technologie sur lesquels il a été amené à travailler. Malheureusement, et comme d’habitude (une habitude difficile à renier tant elle nous a offert d’intenses plaisirs), la dernière mission qu’on lui confie ne va pas si bien se passer. Il accepte donc de travailler pendant trois ans à la fabrication d’une machine ultra dangereuse. Une fois ce travail exécuté, sa mémoire est comme toujours effacée. Seulement, cette fois-ci, l’argent tant attendu n’est pas là. Seule une pauvre enveloppe remplie d’objets épars dont il n’a aucun souvenir l’attend à la banque. Commence alors une course pour retrouver sa mémoire, celle des trois années passées au cours desquelles il a non seulement travaillé dans le plus grand secret, mais également aimé une femme, et préparé patiemment sa sortie. On ne révèlera rien de plus, puisque le seul intérêt du film est dans cette quête, rendue trop vite systématique et sans aucune spontanéité. En s’appuyant lourdement sur cette idée que tout ce qui s’est passé de vraiment important pour lui a été oublié, et se trouve du même coup inconnu de nous, les scénaristes, et John Woo, se permettent toutes les facilités et les évitements possibles.
Impossible de ne pas repenser avec nostalgie à Blade Runner et à Minority Report qui nous montraient un avenir crade, injuste et merveilleux à la fois, et non pas reluisant et propre sur lui comme ici. John Woo ne prend aucun risque et nos souvenirs de cinéma et de science fiction nous le font ressentir sans cesse.