Maria, llena eres de gracia

Film américain de Joshua Marston

Avec Catalina Sandino Moreno, Yenny Paola Vega, Guilied López

Prix d'interprétation féminine à Berlin
 
   

Par Clémentine Gallot


Durée: 1h40

 
 
   

Pas de désespoir, un des larrons fut sauvé

Marie pleine de grâce est un trompe l'œil. D'abord parce que la signification religieuse promise par le titre n'est présente que très implicitement. Ensuite, parce que si, paradoxalement, Maria, llena eres de gracia est un faux film colombien, il n'en est que plus vrai.
Production HBO (d'où le léger formatage, maintenant qu'on y pense) le film est réalisé par Joshua Marston, jeune néophyte from Brooklyn.

Les trafiquants de narcotiques colombiens embauchent des jeunes gens comme «mules» pour transporter de la cocaïne à la frontière, alimentant ainsi la drug war qui sévit aux Etats Unis. Les héroïnes du film tentent le voyage avec trente capsules dans l'estomac.

Porté par un principe de vaillance et de dextérité qui, à aucun moment, ne fait défaut, le film profite de ses influences américaines : rythme accrocheur, montage serré. Une fois débarrassé de ses encombrantes breloques folkloriques, le récit parvient à capter l'attention du festivalier, pourtant rompu au cycle infernal des projections. Il est rare que les débuts d'un cinéaste coïncident avec la recette du succès.
Pourtant, le spectateur se laisse guider, non sans gêne, d'ailleurs, et en sort remué. Joshua Marston a travaillé de concert avec des personnages réels, en Amérique, dans le quartier de Little Colombia (Queens). C'est là que vit Don Fernando : l'acteur qui joue son rôle a, en vingt ans, rapatrié plus de quatre cents cadavres de «mules» en Colombie.
La jeune actrice, Catalina Sandino Moreno (prix d'interprétation à Berlin), américaine d'origine colombienne, s'est vue confier un premier rôle délicat, mais la promesse du titre est tenue.

Au terme de dérapages incontrôlés, Maria se sauve elle-même, bercée par une protection divine, grâce à l'enfant qu'elle porte -intime foyer de résistance-.
Le film puise sa force dans un sentiment d'urgence viscéral qui nous maintient vissés à notre siège. Si le présent de l'évocation ne perdure pas, l'impact du projet n'est pas pour autant le cache misère ni l'emballage d'un produit fabriqué.