Retour à Kotelnich

Film français de Emmanuel Carrère

Sortie le 25-02-2004
Sélection Festival de Venise 2003
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h45

 
 
   

Vodka de malheur !

Extraits d’un entretien avec Emmanuel Carrère, réalisateur (?) de Retour à Kotelnitch:

…Cela fait plus de vingt ans que je tourne autour du cinéma, j’ai été critique, j’ai écrit des scénarios, mais ne suis jamais passé à la réalisation et c’était une façon oblique, pas trop intimidante, de l’aborder… J’avais un peu peur des techniciens, avec des gilets multipoches, qui me diraient : on connaît notre métier, c’est comme ça qu’on fait et pas autrement, or je suis tombé sur des gens de rêve… Jean-Marie Lequertier (caméraman) a énormément filmé, pour le plaisir, des choses qui n’avaient rien à voir avec le sujet et je me suis retrouvé à la tête de tout un stock d’images qui ne trouvaient évidemment pas leur place…

…Raconter une histoire en donnant corps avec des acteurs à des scènes déjà écrites, dont on connaît l’enjeu, ne m’attire pas… L’idée m’est venue de faire une sorte de documentaire, mais sans aucune feuille de route… Cette idée de retourner à Kotelnitch avec une équipe légère, et sans sujet, ou juste : « on est là, qu’est-ce qui se passe ? » me séduisait beaucoup. « C’est intéressant, mais on y verra quoi, dans votre film ? » J’étais obligé de répondre : « Je n’en sais rien, le seul moyen de le savoir, c’est de faire le film. » Ce qui a rendu l’affaire possible, c’est que j’ai obtenu l’Avance sur Recettes… (Merci, le C.N.C.)

L’hiver était rude, pas de chauffage, pas d’eau chaude, confits dans la gueule de bois de la veille. Pour tenir dans ces situations, il fallait picoler… Tous les matins, Philippe Lasnier (nouveau caméraman) me demandait : «Bon, alors, qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ? », et je ne savais trop quoi lui répondre… Un jour, pendant ce tournage, je me souviens d’avoir appelé Anne-Dominique Toussaint (la productrice) pour lui dire que cela ne se passait pas bien du tout, qu’on allait droit dans le mur… On est rentrés en France au bout d’un mois, avec une centaine d’heures de rushes, de quoi faire un documentaire classique… Le problème c’est que je ne savais pas très bien ce que j’avais envie de faire… J’ai repoussé plusieurs mois le moment de me mettre au montage… Là-dessus, la rencontre avec Camille Cotte, ma monteuse, a été déterminante : on a commencé par tout visionner sans choisir. Pour cela, il aurait fallu savoir ce qu’on voulait raconter, et nous ne le savions pas et nous tenions même à préserver un peu cette ignorance, à rester aussi longtemps que possible dans ce que les psychanalystes appellent « l’attention flottante…».

Pari tenu et réussi !

Dire que certains voudraient encore entrer à la Femis pour faire des films… Mais peut-on qualifier de « film » ce fastidieux reportage télé parce qu’il se retrouve projeté sur un écran de cinéma ?