Monster
Monster

Film américain de Patty Jenkins

Avec Charlize Theron, Christina Ricci

Selection officielle festival Berlin 2004
 
   

Par Clémentine Gallot

 
 
   

Girls don't cry

Tueuse née? Le cinéma, depuis longtemps déniaisé, a connu son lot de serial killers de renom. Freeway, Thelma et Louise, Another Day in Paradise, ou Tueurs nés nous ont habitué aux cavales de criminels et aux engrenages les plus injustifiés. La particularité de Monster, film  «indépendant» de la jeune Patty Jenkins, réside dans l'aspect inaugural de son sujet : Aileen Wuornos, exécutée en 2002 après dix années d'incarcération, était la première serial killeuse digne de ce nom, aux Etats Unis.

Le film retrace l'itinéraire chaotique de cette jeune prostituée et les circonstances ayant conduit à en faire une meurtrière. Le casting est disposé en tandem, Aileen (Charlize Theron) entraînant dans son sillage Selby, jeune mocheté en mal de compagnie (la geignarde Christina Ricci).

On peut assurer que si l'ajout d'une prothèse nasale rend oscarisable, la prise de poids est certainement ce que l'on appelle, à tort ou à raison, "une performance". Il faut pourtant rendre justice à la dévotion d'une actrice souvent considérée comme une potiche des nombreuses  productions  de Hollywood (or, qui a vu The yards, par exemple, sait toute la force du personnage). Une fois l'effet de surprise passé et le fou rire réprimé, Charlize Theron, sous son nouveau look poisseux de camionneuse aux abois, est captivante. Le regard franc porté sur la jeune femme n'est pas toujours confortable, on en sait gré à la réalisatrice. Pourtant, on est rapidement gagné par la lassitude; car ne cherchons pas plus loin, tout y est, dans ce réquisitoire. Enfance malheureuse, traumatismes, relations saphiques, à peine évoqués, suffisent à secréter la silhouette d'une loque humaine sur fond d'autoroute.

Le Monstre du titre désigne la montagne russe, fragment d'un souvenir d'enfance de Aileen, illustrant le parcours symbolique de la vie, selon elle. Outre ce détail, on se doute rapidement que la consigne de Monster repose sur le présupposé suivant: la monstruosité est un trait humain existant. Dès lors, de quoi est constituée la limite, ténue, qui sépare l'humain du monstre, et le bon grain du reste? La focalisation mise en place ici ne laisse pas de doute quant à la défense de l'héroïne, qui passe par une compréhension préalable.

On assume ainsi que les conduites humaines, quelles qu'elles soient, dans leurs méandres et leurs déviances, ne sont jamais que les démonstrations d'une humanité plurielle. Patty Jenkins nous fournit la preuve en images de ce jugement moral, qui tient plus de l'opinion que de l'analyse. Dans  cette confusion, paradoxalement, les partisans de la peine capitale puisent leurs arguments, et, pour cette même raison, condamnent à mort «les monstres» ; ceux-ci se trouvant réduits à une entité - d'où émanent ces comportements déviants - qui aurait tout de la bête, et plus rien de l'homme.

Finalement, notre vigilance inquiète peine à démêler cette rhétorique  construite à coup de débat éculé, mettant en vrac et en équation destin, déterminisme et liberté comme autant de variables aiguillant la trajectoire de chacun.