Turning Gate

Film coréen de Hang Sang-soo

Avec Kim Sang-kyung, Yeh Ji-won, Chu Sang-mi

Sortie le 28-01-2004
 
   

Par Morgane Perrolier


Durée: 1h55

 
 
   

Spleen doux amer

Comédien déprimé, Gyung-soo erre, au hasard, dans la modernité froide des villes coréennes. Après l'échec de son dernier film, il retrouve son vieil ami Seong-wu et partage avec lui bières, femmes et incertitudes. Mais, dans un monde où chacun tente d'exister, les amitiés sonnent faux et les relations amoureuses restent impossibles.

Hong Sang-soo dresse, dans son quatrième long-métrage, le portrait de trentenaires désoeuvrés, anesthésiés par l'alcool, ne trouvant d'exutoire que dans la consommation charnelle d'un Autre hypothétique. Toutefois, si les situations se répètent (mêmes chambres d'hôtel impersonnelles, mêmes mots laissés, au matin, sur la table de nuit…), le réalisateur introduit des variations dans le thème : tantôt aimé, tantôt amoureux, Gyung-soo subit la malédiction sentimentale d'une impossible réciprocité.

Myung-soo est danseuse. Après quelques entrechats, un dîner et un peu de saké, elle séduit l'acteur. Il passe une nuit avec elle, mais elle exige trop, trop vite : «Dis-moi que tu m'aimes», lui demande-t-elle expressément. Il préfère fuir. Dans le train, il rencontre alors Sun-young, mystérieuse, inaccessible. Quelques mots échangés, des regards équivoques : épris, il la suit dans les rues désertes d'une ville anonyme et bientôt, lui déclare ses sentiments. Elle cède, mais pour peu de temps. Vite, elle met fin à l'aventure clandestine. Ainsi, alors qu'il se rend chez elle sous une pluie battante, il trouve porte close. La légende ancestrale de la «porte tournante», racontée par Seong-wu à son ami, croise ici la réalité des déboires du personnage principal.

Peintre amusé des solitudes modernes, Hong Sang-soo trouve dans le conte le prétexte à une illustration fine, drôle et légère des maux d'une génération qui cherche désespérément son identité. Ainsi, dans les dialogues, le solennel finit par se mêler au toc, un décalage s'instaure face à la réalité, qui, dès lors, apparaît moins triste. «Même si c'est difficile d'être humain, essayons de ne pas devenir des monstres», répète souvent le personnage principal, avec une gravité qui, avouons-le, nous arrache un large sourire.