The Soul of a Man

Film américain de Wim Wenders
Produit par Martin Scorsese

Avec Keith B.Brown et Chris Thomas King

Sortie le 14-01-2004
 
   

Par Rachel Guillas


Durée: 1h43

 
 
   

Wim Wenders orchestra, l'âme du blues

Le film débute sur les images de la sonde Voyager qui, en 1977, offrait à l'univers quelques fragments de l'Humanité dont le Dark Was The Night de Blind Willie Johnson, chanteur de blues des années 20 et narrateur fictif des carrières de deux de ses successeurs : J.B. Lenoir et Skip James.

Pour retracer les vies de ces trois mythes, Wim Wenders mêle avec bonheur d'émouvantes images d'archive à un documentaire factice, muet, en noir et blanc grésillant, filmé aujourd'hui à la manivelle avec un matériel antique.
Malheureusement, à cette audacieuse combinaison, le réalisateur ajoute des prises sur caméra mini-dv de concerts de musiciens qui l'ont touché dans sa jeunesse ou tout simplement très en vogue (Beck, Eagle Eye Cherry...) et brise ainsi le charme de sa reconstitution en nous infligeant la voix et le jeu sans feeling des ses amis soixante-huitards. Ce documentaire hybride est censé sensibiliser le public actuel à la musique de ces trois génies, en les associant à des "popeurs" décolorés qui nous livrent une interprétation dont l'unique mérite est de mettre en valeur par leur médiocrité la qualité des morceaux d'origine. Pourquoi ne pas avoir invité des bluesmen capables de démontrer cette fameuse intemporalité qui n'est reflétée ici que par des transitions peu convaincantes et par une actualisation discutable de phrases prononcées il y a plus de cinquante ans ("Mr président, vous ne cessez de parler de paix mais vous devriez nettoyer devant votre porte avant de partir").
Toutefois si ce film a un mérite, c'est de mettre en évidence le clivage entre ces vieux musiciens en quête de spiritualité ou forgés et torturés par d'authentiques et pathétiques parcours individuels et le comportement politically-incorrect obligé de rockers ,enfants rebelles des 30 Glorieuses : le frottement compulsif de leur cordes n'atteindra jamais le picking virtuose d'un Skip James. Une réalisation froide, décevante après Buena Vista Social Club, mais qui dans quelques rares instants de reconstitution nous émeut et nous laisse entrevoir le charme des ambiances wendersiennes.