Retour à la maison
Tornando a casa

Film italien de Vincenzo Marra

Avec Scotto d'Antuono, Salvatore Iaccarino, Abdel Aziz,Giovanni Iaccarino, Roberta Papa

Sortie le 28-01-2004
Meilleur film semaine de la critique
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h28

 
 
   

MER COURAGE

Reporter photographe devenu documentariste, Vincenzo Marra a réalisé son premier long-métrage, Tornando a casa, qui a obtenu le Prix du Meilleur Film (Semaine de la Critique) à la Mostra de Venise, en 2001. Récompense méritée car, dès les premières images, nous sommes embarqués (sans jeu de mots) dans cette rude histoire de pêcheurs. La belle séquence muette qui ouvre le film montre le tri fébrile du poisson ramené par les filets d'un chalutier napolitain au large de la Sicile, tellement au large que le bateau se trouve dans les eaux tunisiennes, beaucoup plus poissonneuses. Les trois marins (dont un est arabe, Samir) ne sont guère enthousiasmés par cette pêche illégale, à l'occasion de laquelle ils frôlent l'arraisonnement par la marine tunisienne. Ils tentent de s'opposer au patron pêcheur qui leur démontre que, malheureusement, ce risque doit d'être couru car lui seul assure la paye.

Une avarie de machine oblige le chalutier à regagner Naples où l'équipage, retrouvant une vie de famille plus normale, espère pouvoir travailler sur place (sauf le jeune Franco qui projette de partir en Amérique avec sa fiancée.) Mais les autres pêcheurs du port s'opposent à ces nouveaux concurrents et les contraignent à retourner vers les lieux de pêche africains. La mort brutale de sa fiancée force Franco, désemparé, à réembarquer. Le chalutier repart vers le Sud.

Pour porter secours à un homme perdu en mer, Franco plonge (suicide déguisé ?) tandis que son chalutier s'éloigne dans la nuit. Les deux hommes seront recueillis, à l'aube, par une barque de tunisiens clandestins qui tentent, eux, de gagner la Sicile. Seul Franco a survécu. La marine italienne arraisonne la barque des immigrés et ramène tout le monde en Tunisie, sans que Franco dévoile son identité. L'ironie du sort va faire de lui un autre Samir sur cette terre étrangère.

L'originalité de ce récit vient du fait que les conflits naissent des affrontements obligeant des défavorisés à lutter contre d'autres défavorisés. On est loin du schéma habituel des riches possédants écrasant la classe ouvrière et c'est cette particularité qui fait la force du film. On peut regretter que, durant la longue séquence napolitaine, Vincenzo Marra «perde la main» et s'essouffle dans la description un peu plate et trop bavarde de la vie à terre. On peut, surtout, contester les circonstances tarabiscotées de la mort accidentelle de Rosa, alors qu'un banal accident de la circulation aurait suffi. Mais dès qu'on retourne à bord, le réalisateur retrouve son inspiration, servie par une écriture sèche et efficace. Le remarquable quatuor d'interprètes qui incarne l'équipage, et dont aucun n'est professionnel, est pour beaucoup dans la réussite de ce film. Constatons, enfin, qu'à une époque où quelques producteurs français ne voient de salut que dans les films qui speakent engliche (y compris Jeanne la Lorraine), un réalisateur courageux tourne en dialecte napolitain, peu compréhensible, même pour les Italiens.