Paul s'en va

Film français de Alain Tanner

Avec Les élèves de l'Ecole d'art dramatique de Genève

Sortie le 28-01-2004
 
   

Par Clara Schulmann


Durée: 1h25

 
 
   

Tant pis

Paul s’en va, le dernier film d’Alain Tanner,  tente une expérience intéressante : travailler avec un groupe d’élèves du conservatoire d’art dramatique de Genève sur un scénario de cinéma. Les élèves en question sont tous jeunes et ont visiblement envie de jouer. L’histoire dont ils sont les personnages principaux a elle aussi quelque intérêt : un professeur auquel une classe d’élèves était très attachée disparaît en leur «léguant» à chacun individuellement des missions à accomplir, missions qui ont toutes pour dénominateur commun le monde moderne et ce qui reste de ses valeurs politiques. Le film raconte donc la façon dont les élèves vont prendre en charge et effectuer ces missions, avec sérieux, comme s’il se jouait là quelque chose d’essentiel pour leur devenir de comédiens d’une part et de citoyens par ailleurs. Ces scènes de vie fictionnée sont entrecoupées de scènes de jeu à proprement parler où chaque élève se réapproprie un texte de littérature engagée et militante.

On ne peut que saluer une telle entreprise, et en saisir la modernité. Il s’agit là de réfléchir au sens que peuvent avoir aujourd’hui les notions d’héritage politique à l’heure de la mondialisation des échanges et des luttes. Pourtant, les clichés et les stéréotypes semblent être le point de départ de la fiction, à commencer par le professeur disparu lui-même, ancien militant gauchiste, qui n’a visiblement pas réussi à vivre dans le monde tel qu’il est aujourd’hui, au point d’ailleurs de le quitter. Ce premier constat est assez affligeant: est-ce une bonne idée d’en faire le lègue universel à une jeunesse qui doit, elle, par contre, affronter ce monde au quotidien, voire  s’y installer et y faire sa vie ? La problématique du choix ne semble pas se poser pour les scénaristes : s’il  est effectivement  naturel d’aborder  certaines questions politiques,  n’est-il pas plus intéressant de les poser en terme de choix (de quel monde choisit-on d’hériter ?) plutôt qu’en terme de constat (voilà le monde que nous, génération des années soixante dix, on vous lègue) ? Cette question théorique trouve cependant une correspondance immédiate dans la mise en scène. La difficulté pour ces élèves d’incarner les personnages que l’on a écrit pour eux est palpable à chaque instant : les mots ne sont pas les leurs, les discours non plus, tout, dans leurs bouches, semble vieilli et démodé, démontrant ainsi le décalage crée par un scénario qui a oublié d’étudier un tant soit peu la jeunesse avant de lui inculquer un mode de pensée vieux d’une trentaine d’années.

Tout ceci crée un produit de pensée plus qu’un film, joué sur un ton à la fois survolté et vide, sans aucune spontanéité. La morale : agitons-nous à tout prix, pour donner le change à ceux qui nous regardent, même si l’on n’est pas trop sûrs de savoir de quoi l’on parle. On n’a qu’une envie : quitter un film où règne la fausseté, comme ce prof que l’on ne verra jamais, et qui pourrait bien être parti pour cette raison-là.