The Station Agent

Film américain de Tom McCarthy

Avec Peter Dinklage, Patricia Clarkson, Bobby Cannavale

Sortie le 24-12-2003
 
   

Par Frédéric-Pierre Saget


Durée: 1h30

 
 
   

Avec, sans, sur.

Un homme de petite taille, comme disent les censeurs cul-pincé se gavant d'un politiquement correct on ne peut plus méprisant, vit heureux en travaillant pour un vendeur de trains de petite taille. Mais l'employeur meurt en lui léguant une gare, certes désaffectée, mais de grande taille.
Notre nain du nom de Fin quitte New-York pour aller s'y installer et, surtout, on s'en doute, s'y intégrer, en rencontrant un vendeur de hot-dog, une femme plutôt maladroite, une petite gamine sympathique et une population américaine parfois un peu idiote.

Tout le problème du réalisateur qui s'interroge sur le comportement de la société face au handicap est le comportement de ce réalisateur face au même problème. Il ne doit pas produire, en guise de film,  une foire où on expose les freaks. Il peut faire un film sur un nain mais il risque de souligner la différence jusqu'à l'insoutenable. Pour aller dans le sens de l'indifférence, très à la mode, il choisira de faire son film avec un nain, en tentant de le confondre avec les autres acteurs, en " faisant  comme si " la différence n'existait pas. Difficile équilibre à tenir dans ce cas : on risque l'effet comique version proviseur de Zéro de conduite et le racolage. " Venez les poteaux, on va au cinoche voir le film avec un nain ".

Le cinéaste choisit alors une troisième voie, plus risquée, faire un film sans nain. Tom McCarthy efface, nie  la  taille  de  son  héros  avec  les  moyens  que lui offre  le  cinéma, gros plans ou angles de prise de vue bien choisis. Superbe séquence où Fin et son amie discutent, assis  au  bord de l'eau. L'amie trempe ses pieds, Fin n'atteint pas l'eau, mais McCarthy coupe son cadre aux chevilles… Les jambes se prolongent  hors-champ, on les phantasme et dans notre rêve, elles atteignent le lac. Il n'y a plus que la société entourant notre héros qui perçoit sa taille, et McCarthy traite ce problème  sans  appuyer, avec tendresse.

Quand on a compris cela, on se surprend à rêver de la suite du film : maintenant que Fin est intégré, qu'il a des amis gentils et que ses mêmes amis ont des soucis, on va s'intéresser à eux et plus à lui. Le problème  de  taille devrait s'effacer du scénario comme il s'effaçait du cadre. Mais non, arrivé à la moitié du film, McCarthy bifurque, fait retomber son histoire dans un pessimisme ridicule et inutile. On voit Fin se saouler, on ne fait qu'effleurer les affaires d'ex-mari et de père qui concernent les amis et, au final, on s'ennuie.

Plutôt bien filmé, regorgeant de symboles intéressants même si peu discrets et évitant le politiquement correct ( Fin n'est pas un homme sympathique ), The Station Agent eût pu être un très bon film. Ses maladresses et ses tendances au sentimentalisme benêt en font, sans autocensure, un petit film sympathique.