Lost in Translation

Film américain de Sofia Coppola

Avec Bill Murray, Scarlett Johansson

Sortie le 07-01-2004
 
   

Par Morgane Perrolier


Durée: 1h52

 
 
   

Lost in Translation : parenthèse enchantée.

Errance dans la modernité vibrante de Tokyo, Lost in Translation raconte avec légèreté et pertinence la rencontre improbable de deux solitudes : Bob, célèbre acteur américain en pleine "mid-crisis", échoué à Tokyo pour une campagne de pub, croise le destin de Charlotte, jeune mariée sortant tout juste de brillantes études de philosophie. Sofia Coppola signe ici son second long métrage : résolument moderne, impressionnant de maturité. L'émotion survient  de manière fugace, fugitive, poignante.

L'enfer, c'est les autres ?

Ascenseurs au design lisse, couloirs aseptisés, bar branché : un quatre étoiles de rêve. Autant de lieux possibles  pour une rencontre fortuite entre ces deux américains  perdus en terre étrangère. Dans une chambre, Charlotte, délaissée par John, son mari, photographe " overbooké ". Dans une autre, Bob, terrorisé par son rôle d'époux et de père irresponsable. Ne subsistent que des malentendus, une incompréhension totale entre eux et les autres, un sentiment d'isolement. En rupture avec l'artifice d'un univers qui s'impose à eux, celui de l'image, de la représentation (" y'a pas qu'à Yale qu'il y a des gens sympas ! " dit John à Charlotte après la rencontre de son amie actrice), les deux personnages se réfugient dans la solitude. Insomnies, doute, ennui :  fragmentant ces moments d'égarement  par un montage adroit,  Sofia Coppola leur donne une consistance étonnante.

" Are you awake ? "

Le Japon sera finalement le trait d'union entre Bob et Charlotte. On y murmure en silence, pendant quelques jours à peine, les mots impossibles à traduire d'une émotion et d'un sentiment qui ne pourront pas subsister  au delà de cet espace insulaire. Prétexte à leur solitude, condition de leur rencontre, il est le lieu d'un bonheur fugitif. Déracinés, loin de la triste réalité de leur incapacité à communiquer, Charlotte et Bob peuvent se rejoindre  : les barrières se brisent, les problèmes de traduction s'effacent devant un anglais universel (la scène du karaoké), les nuits passent vite. Les deux personnages s'y découvrent, s'y dévoilent. Gestes à peine esquissés, baisers murmurés, mots chuchotés (que le spectateur n'a finalement pas le droit d'entendre) : sur fond de musique électronique, dans un Tokyo post-moderne, la pudeur de la mise en scène révèle la vérité d'une rencontre.