Love Actually

Film anglais de Richard Curtis

Avec Hugh Grant, Martine McCutcheon, Bill Nighy

Sortie le 03-12-2003
 
   

Par Frédéric-Pierre Saget


Durée: 2h10

 
 
   

Arme de distraction massive.

Tout commence dans un aéroport, dans la zone d'arrivée, là où les retrouvailles se passent avec force accolades et embrassades. En voix-off, il  y  a  un  homme qui professe sa foi en l'amour. Tout le monde pourra lui seriner que le monde est violent, il croira encore à l'amour. Ensuite, il  y  a  deux heures d'amours entremêlées, maternel ou paternel, avec un grand A ou un petit, d'enfants ou de parents, et tout ça au son de Love is all around ou de Christmas is all around, le nouveau tube d'un ex-rocker sur le retour. Puis, de nouveau, un aéroport, zone des départs, accolades et embrassades...

Commencer et finir son film dans un aéroport n'a plus rien d'innocent depuis le onze septembre 2001, date fatale où deux avions ont fait s'écrouler l'intouchable Amérique sur tous les écrans du monde. La petite voix-off l'évoque, rapidement, et affirme que, ce jour-là, les derniers messages partis des avions qui  allaient s'écraser, les derniers mots des passagers condamnés ont été des paroles d'amour. Richard  Curtis s'empare de ces quelques mots laissés sur divers répondeurs et les multiplie par vingt, les donne en pâture à une masse de personnages divers et variés  pour nous " gaver d'amour jusqu'à l'étouffement ". Oui, dans le monde d'aujourd'hui, l'amour existe et sur le tournage d'un film porno, alors qu'on est nu en train de simuler une fellation, on peut rencontrer l'homme de sa vie.

C'est idiot ? Certes. Mais il n'a pas fallu enfermer Richard Curtis à Guantanamo pour qu'il l'avoue. Au bout de dix minutes, son rocker ringard, en train d'enregistrer Christmas is all around, dit à son producteur " c'est de la merde ". Et il ne cesse de le répéter durant tout le film. Oui, ce film est niais, il suinte le bon sentiment et son cucul sent le rose bonbon. Et vas-y que je laisse tomber mon amant pour m'occuper de mon frère malade... Mais le problème de Richard Curtis n'est pas là. Il veut fabriquer l'ultime comédie romantique, sous-genre qui n'a pas l'habitude de donner des chefs-d'œuvre, pour rendre ridicule toutes les comédies romantiques passées, présentes et futures. Il suit l'exemple des militaires d'il y a cinquante ans qui avaient fabriqué l'arme ultime, la bombe H qui renvoyait au rang de pétard claque-doigts toutes les autres bombinettes. Je préfère la démarche de Curtis.

Curtis affronte le monde pour imposer son message plein d'amûr, mais pour enrayer l'entreprise pornographique, il ne choisit pas le stylo puritain du législateur mais la pellicule du cinéaste et fout les gens à poil. Il fait endosser à Hugh Grant le rôle du premier ministre tout comme Tony Blair a endossé le même rôle : le prénom du personnage de Grant doit être prononcé deux fois dans le film. Grant  a  endossé une fonction, et il n'est pas crédible dans cette fonction... Richard Curtis fait de la polémique, c'est un homme politique. La différence : pour répondre aux attentats du onze septembre, il opte pour le tapis d'amour, et non pour le tapis de bombes. C'est gerbant, mais moins violent.

Oui, oui, je vous entends, amis cinéphiles coincés : ce n'est pas du cinéma, c'est du montage analytique, c'est drôle mais y a de grosses pertes de rythme. C'est vrai. Richard Curtis ne fait pas du cinéma, il fait une arme de distraction massive. Ca ne restera pas au panthéon mais, aujourd'hui, ça fait du bien. A vous de voir si vous êtes prêt à y croire.