Violence des échanges en milieu tempéré

Film français de Jean-Marc Moutout

Avec Jérémie Rénier, Laurent Lucas, Cylia Malki

Sortie le 14-01-2004
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h39

 
 
   

Ressources Inhumaines

Aux antipodes de Kill Bill, voici Violence des échanges en milieu tempéré, intrigant titre houellebecquien. Ici, nous ne sommes pas dans une BD qui remue, ni dans un jeu vidéo " qui a les moyens ", mais dans une usine menacée (ou sauvée, c’est toute la problématique du film) par un plan social, autrement dit la mise au chômage de 80 personnes.

On pense évidemment à Ressources Humaines, de Laurent Cantet, qui traitait un sujet voisin mais où la relation père/fils, tous deux issus d’un milieu ouvrier, apportait une tension dramatique supplémentaire, absente de ce premier film de Jean-Marc Moutout. L’intérêt repose principalement sur l’évolution du héros qui obtient son premier poste dans un cabinet d’audit et qui, peu à peu, va surmonter ses scrupules devant la tâche qui lui incombe, pour finir par y prendre plaisir. L’ambiguïté de ce personnage, dont on ne sait si on doit le plaindre, l’admirer ou le haïr, est un des atouts du film. L’autre est l’aspect factuel, presque détaché, du traitement de l’histoire: pas de sensiblerie, pas d’ouvriérisme, pas d’affrontements militants entre les bons et les méchants. Chacun fait son boulot, sous une épée de Damoclès menaçante, et cette routine des futurs vaincus, leur apparent fatalisme distillent progressivement une compassion irrépressible.

Jérémie Rénier (l’adolescent de La Promesse des frères Dardenne) incarne parfaitement ce jeune homme BCBG qui fait d’incessants progrès dans sa sélection des futurs licenciés, sous la houlette d’un Laurent Lucas glaçant, dont le talent se confirme à chaque nouvelle apparition.

Cependant, une question me taraudait durant la projection: les acteurs sont parfaits, le scénario intéressant, son développement imprévisible, la technique est sans reproche, la mise en scène discrète mais efficace. Bref, tous les éléments de la réussite sont réunis mais, question stupide, est-ce un film de cinéma? Pourquoi cette sensation d’être devant son téléviseur? L’abondance des dialogues en gros plan? Le classicisme de la réalisation? Le choix d’un " sujet de société "?

Aux temps préhistoriques où l’image était rare (et les réalisateurs également), il était aisé d’identifier le style de chacun et de reconnaître la " patte " d’un Hitchcock, Bergman ou Fellini. C’est beaucoup plus difficile aujourd’hui où nous sommes noyés dans des flots d’images à l’écriture industrielle standardisée, télévisions obligent. Finalement, l’artisanat a du bon et l’ébéniste du coin n’est pas toujours supplanté par IKEA.

Cette réserve, ou plutôt ce constat, n’est évidemment pas une condamnation: elle ne doit pas nous détourner de cette Violence des échanges… qui mérite notre intérêt.