The Soul of a Man

Film américain de Wim Wenders

Avec Chris T. King (Blind Willie Johnson), Keith B.Brown (Skip James)

Sortie le 14-01-2004
Sélection officielle Cannes 2003
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h43

 
 
   

Régal pour amateurs

Je suis d’autant plus à l’aise pour dire le plaisir procuré par ce film que je ne suis pas un inconditionnel de Wim Wenders, cinéaste qui me paraît souvent ennuyeux et surfait. Avec ce long film/enquête, il semblerait que sa véritable voie soit, peut-être, le documentaire.

Certainement encouragé par le succès phénoménal (et inespéré) de Buena Vista Social Club, Wim Wenders nous propose The Soul of a Man, émouvante biographie de quelques vieux chanteurs de blues noirs, disparus sans avoir vraiment atteint la gloire de leur vivant. Redécouverts dans les années soixante, ces blues traditionnels font désormais partie du répertoire de certaines stars actuelles. Alors que le propos de Buena Vista était de conserver la mémoire de vieux musiciens encore vivants, tâche relativement aisée, celui de The Soul of a Man est d’évoquer des artistes dont on a gardé peu de traces, car leur notoriété était insuffisante pour les médias de l’époque.

Après un insolite prologue spatial, le film nous apprend que la sonde Voyager, lancée en 1977, s’éloigne de notre planète avec un disque/catalogue des connaissances et activités artistiques humaines au XXe siècle, dont un blues chanté par Blind Willie Johnson. Nous le découvrons, guitare à la main, dans une image carrée en noir et blanc qui évoque à s’y méprendre un stock-shot de 1927 (qui aurait même été sonore !) .Wim Wenders a tourné ces reconstitutions en archéologue virtuose, les entrelaçant de vrais documents d’époque. Soulignons également la performance des comédiens qui chantent et s’accompagnent, en play-back, sur les authentiques et crachouillants disques de phonographe de l’époque.

Wim Wenders évoque également Skip James lors de l’unique séance d’enregistrement archaïque où il se fait escroquer par un producteur de disques qui lui offre 40 dollars cash pour la session, le privant ainsi de ses droits d’auteur futurs. De ce jour, Skip James disparaît du show-biz. Trente-cinq ans plus tard, en 1966, les organisateurs du Festival de Jazz de Newport le retrouveront. Nous pouvons le voir chanter devant un immense public (enfin !) quelques mois avant sa mort.

Plus proche de nous, nous découvrons J.B. Lenoir, filmé en 16 mm synchrone grâce à un couple de hippies, aujourd’hui septuagénaires, qui voulait faire un sujet sur lui pour la télévision suédoise (qui l’a refusé finalement.). J.B. Lenoir mourra, peu après, écrasé par une voiture.

Intégrées habilement dans ces reportages mi-vrais, mi-faux, les sessions des chanteurs d’aujourd’hui (en couleurs et stéréo dolby) qui ont inscrit les œuvres de ces compositeurs à leur répertoire, redonnent à ces disparus injustement oubliés la place qu’ils méritent et perpétuent ainsi le blues immortel, " l’âme de l’homme. "

Eminemment recommandé à tous ceux qui aiment le jazz et la musique populaire noire américaine.