Un homme d'exception
A beautiful mind

Film américain de Ron Howard

Avec Russell Crowe, Ed Harris, Jennifer Connelly

Sortie le 13-02-2002
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 2h16

 
 
   

Ce film ambitieux retrace la vie d’un brillant mathématicien, John Nash, dont le génie éclate dans les années 50 avec sa Théorie des Jeux et ses recherches sur les combinaisons aléatoires, mais dont la fragilité mentale va arrêter la carrière de chercheur. Il disparaît durant des décennies dans des hôpitaux où les médecins vont tenter de traiter ses graves troubles schizophréniques. Retourné progressivement à l’enseignement, il recevra le prix Nobel en 1994 pour l’ensemble de ses travaux en sciences économiques.

Ron Howard, dont on a pu apprécier Apollo 13, s’est attaqué " à l’Américaine " à cette biographie édifiante : Une star (Russell Crowe) qui vise sans discrétion l’Oscar du meilleur schizophrène, un musicien (James " Titanic " Horner) qui souligne le moindre battement de paupière et une romance conjugale qui est une aubaine pour l’industrie du kleenex. Peut-être suis-je injuste avec le compositeur. Certes, il est l’auteur de la partition, mais cette inondation sonore indigeste est, bien entendu, due aussi aux désirs du réalisateur, partagés par les producteurs, les monteurs et les mixeurs. Donc, la responsabilité est collective, si les circonstances ne sont pas atténuantes. Apparemment, nous nous trouvons donc devant le traitement hollywoodien traditionnel de ce type de produit standard et bien rodé, qui évoque, selon les années, la vie de Lincoln, du Général Patton ou de Buffalo Bill…

Pourtant, malgré ces handicaps, ce film n’est pas aussi bêta qu’il le devrait. D’abord, la trajectoire de vie de John Nash est exceptionnelle, puisque le jury du Nobel récompense rarement les malades mentaux. De plus, elle se déroule en pleine guerre froide, à une époque où la paranoïa antisoviétique des Etats-Unis n’aidait certainement pas la schizophrénie de notre matheux. Ron Howard n’esquive pas la description de cette époque douteuse, soutenu par le scénario d’Akiva Goldsman qui comporte une très bonne idée dramatique pour nous faire partager les angoisses de John Nash, idée que je me garde de dévoiler afin de sauvegarder l’intérêt des éventuels spectateurs.

C’est là que l’on regrette de voir ces réels atouts gâchés par le conventionnel des lois du genre. Russell Crowe (excellent dans " L.A. confidential " ou " Gladiator ") nous la joue Dustin Hoffman dans " Rain Man " : Grimaces, démarche boitillante, petits gestes avortés, bégaiements… Il compose tellement que l’acteur masque en permanence le personnage qu’il incarne. C’est une gageure impossible de pouvoir incarner un adolescent, un homme mûr et un vieillard, mais les comédiens adorent cela. Alors, nous avons droit aux moumoutes, aux rides artificielles et aux bajoues en plastique qui, je le crains, vont mener notre gladiateur à une deuxième nomination aux Academy Awards.

Un avertissement final nous informe que le Nobel a été décerné à John Nash pour ses théories révolutionnaires qui ont pulvérisé les analyses classiques sur l’économie moderne. Quand on voit la fragilité de celle-ci de nos jours, on ne peut s’empêcher d’avoir un léger doute sur la pertinence d’une récompense aussi prestigieuse pour une matière aussi imprévisible. Mais c’est un autre débat.