Les Innocents
The Dreamers

Film italien de Bernardo Bertolucci

Avec Louis Garrel, Eva Green, Michael Pitt

Sortie le 10-12-2003
 
   

Par Clémentine Gallot


Durée: 1h50

 
 
   

A poil !
The Dreamers a fait scandale à Venise. Il paraît que le métropolitain a vu depuis peu fleurir sur ses murs deux culs superbes, offerts au regard du passant. Il paraît, soupirent les jeunots, que Mai 68, c’était le pied.

Comment alors, ceux qui y étaient - les veinards - peuvent-ils le magnifier à ce point, tombant dans le cliché qui confine à la plus plate nostalgie ?
Film au titre antiphrastique, Les Innocents propose une énième variation des enfants terribles. Frères jumeaux ou frères ennemis, Théo et Isabelle entretiennent une relation fusionnelle, donc ambiguë, perturbée par l’arrivée dans la danse d’un jeune américain pataud, Matthew.
Pendant que, sous les fenêtres des bourgeois, la rue gronde, l’appartement des adolescents est le théâtre de la révolution sexuelle. Louis Garrel (fils de), avec son air de Jean-Pierre Léaud, est encore le plus crédible, à côté du poupin Michael Pitt (protégé de Larry Clark), et de la gironde et vorace Eva Green (progéniture de Marlène Jobert), qui peine à jouer les femmes fatales. Bertolucci semble quant à lui obnubilé par la jeunesse, fort galbée, par ici. Le trio infernal qui emprunte sans doute à Cocteau est une pure relation de cinéma, qui y puise ses mélodies et se regarde faire l’amour en miroir. « Les personnages jouent dans l’appartement les scènes que l’écran leur cache » : cinéphilie et sexualité ne font pas chambre à part, fort bien. Mais lorsque saint Bernardo affirme vouloir rendre « l’atmosphère de l’époque », on s’interroge. Où était donc le « parisien d’adoption », en ce joli mois de Mai, pour avoir recours aujourd’hui aux plus grossiers poncifs ? Il faut donc avoir la mémoire courte pour faire surgir un tel fantasme. Cette idylle des corps livrés à eux-mêmes tourne à la caricature du rêve post soixante-huitard.
Plongé dans les limbes de l’académisme depuis un certain temps (Little Buddha devait en être le paradigme), Bertolucci clôt sur ce premier tango son triptyque parisien amorcé par Le Conformiste en 1970. Si The Dreamers est confondant de fausseté, la référence constante à une cinéphilie dévorante qui jalonne le film est peut-être son seul bien.