Pas sur la bouche

Film français de Alain Resnais

Avec Sabine Azéma, Isabelle Nanty, Audrey Tautou, Pierre Arditi, Darry Cowl, Jalil Lespert, Daniel Prévost, Lambert Wilson

Sortie le 03-12-2003
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h55

 
 
   

CURE DE JOUVENCE

On ne peut qu’admirer la vitalité du talent d’Alain Resnais qui poursuit, malgré (à cause de ?) un âge de plus en plus respectable, une carrière pleine d’imprévus dans ses choix artistiques. On ne l’imagine pas, en tête de cortège, réclamer la retraite à 50 ans… Chacun sait que la plupart des réalisateurs-auteurs font le même film toute leur vie, Woody Allen en est un exemple éclatant. Mais dans le cas de Resnais, on cherche les liens discrets qui peuvent unir Marienbad  à  La Guerre est finie ou  Hiroshima  à Mon Oncle d’Amérique  ?

Il est vrai que, n’ayant jamais écrit de scénario original (ce qui lui évite de se répéter), il se considère comme le " simple " metteur en images des idées des autres. Il y a pourtant de subtiles passerelles entre tous ces films prototypes qui constituent son oeuvre, dues à la recherche permanente et inventive d’une écriture cinématographique qu’il a profondément fait évoluer. D’un film à l’autre, il y a une incontestable empreinte Alain Resnais.

Le choix de  Pas sur la bouche nous surprend une fois de plus. Comment, en 2003, le compagnon de route de Duras, Robbe-Grillet, ou Cayrol peut-il être séduit par une opérette 1925 de Maurice Yvain et André Barde ? On peut imaginer que le choix de Mélo, drame bourgeois de l’auteur de boulevard Henri Bernstein, portait déjà en germe  On connaît la chanson  du couple Bacri/Jaoui, hommage à la variété française. Car Alain Resnais est incontestablement amateur de culture populaire, BD incluse, comme l’illustre I want to go home. Alors, pourquoi pas une joyeuse opérette des années folles ?

Avec " Pas sur la bouche ", il s’en donne à coeur joie. Comme toujours, il est d’une scrupuleuse honnêteté avec les auteurs et il filme ce vaudeville sans clin d’oeil, au premier degré, dans des décors somptueux de Jacques Saulnier où évoluent ses comédiens favoris qui changent d’emploi au gré des films successifs. On ne peut qu’admirer l’efficacité et l’invention de sa mise en scène, au sens propre, et apprécier l’effort inhabituel fourni par les acteurs qui ont interprété eux-mêmes les chansons de cette comédie musicale dont la partition joyeuse, mais savante, et les paroles aux jeux de mots jubilatoires font cavaler une histoire totalement absurde. Comme le film est composé de plans-séquences, jouer la comédie en son direct, enchaîner avec les play-back chantés, et retourner à la comédie sans rupture de rythme constitue, évidemment, un tour de force pour les interprètes. Tour de force qu’aurait évité un découpage classique morcelé par le montage. Pour être sincère, c’est là que la perfection du spectacle achoppe. A part Lambert Wilson qui est vraiment chanteur (et cela s’entend), les autres comédiens peinent parfois à maîtriser les mélodies de Maurice Yvain. Mais soyons indulgents: entendre la voix authentique des interprètes reste un atout évident qui atténue, finalement, ce regret. A tout prendre, il vaut mieux de bons comédiens faibles chanteurs que l’inverse.